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Unicoolait : La coopérative écrit une nouvelle page de son histoire

Jean-Luc Jacobi a annoncé la toute prochaine mise en marché du lait de Lorraine à la marque Unicoolait. Photo Pierre Divoux
Jean-Luc Jacobi a annoncé la toute prochaine mise en marché du lait de Lorraine à la marque Unicoolait. Photo Pierre Divoux

Tourner la page de 2024 et en écrire une nouvelle de l’histoire d’Unicoolait. Voilà les deux messages portés par le président Jean-Luc Jacobi à l’occasion de l’assemblée générale de la coopérative.

La médiocrité des fourrages et l’impact violent de l’épisode de Fco avaient marqué l’année 2024. Un millésime que tous souhaitent oublier. Et si les conséquences de cette année funeste se sont encore répercutées sur le premier semestre de l’année suivante, avec une production en chute de 6 %, 2025 s’est conclue avec des livraisons laitières à + 12 % en volume en décembre. «Unicoolait a collecté 55.000 litres de plus par jour par rapport à 2024 à la même époque, soit l’équivalent de deux citernes», s’est félicité le président Jacobi. Une dynamique qui se poursuit sur ce début d’exercice 2026.

Ainsi, «la campagne 2025/2026 s’est terminée au 31 mars dernier avec 161 millions de litres, en hausse de 1,1 %», annonçait Didier Roth, membre du Bureau de la coop. Une production permise par «217 exploitations, soit 10 de moins par rapport à 2024», un constat qui appelait en commentaire, «la restructuration continue son chemin», avec pour conséquence, «une moyenne des livraisons de lait par point de collecte en augmentation». Elle s’établit aujourd’hui à 733.500 litres.

Un record historique

La bonne qualité des fourrages récoltés explique en partie l’amélioration de la composition et de la qualité du lait livré par les producteurs. Le taux de matière grasse est en hausse, tout comme le taux de matière protéique. Ludovic Estreich, vice-président, a annoncé «un record historique atteint pour le taux protéique» à hauteur de 33,95 gr/litre. Du coté des germes, la qualité progresse également. Même évolution pour les leucocytes et les butyriques.

La collecte de lait issu de l’agriculture biologique n’est pas en marge de cette progression. «La qualité du lait bio 2025 est en amélioration sur tous les critères», a annoncé Mireille Kling, secrétaire du Bureau de la coopérative. L’évolution de sa composition est plus contrastée, avec une baisse de la matière grasse mais une hausse de la matière protéique. En 2025, Unicoolait a collecté 28.415.000 litres de lait biologique, constatant une baisse de 19,8 %. En moyenne, 47 producteurs ont assuré ces livraisons, soit 14 de moins qu’en 2024. Une tendance largement influencée par un prix qui s’inscrit «dans un contexte de marché devenu difficile avec la baisse de la consommation depuis le déconfinement en 2021», a expliqué Mireille Kling. Aujourd’hui, le différentiel de prix à la production entre le lait conventionnel et le bio «est trop faible», constate l’agricultrice. Pour elle, «le différentiel de 100 euros devrait être la règle pour conserver la motivation des éleveurs bio». Or, pour l’année 2025, «il n’est que de 31,30 euros».

Bio en berne

Globalement, «le prix du lait payé aux producteurs en 2025 est en augmentation par rapport à 2024, une évolution jugée indispensable pour faire face à l’inflation sur nos coûts de production», a affirmé le président Jacobi.

La hausse est plus marquée pour le lait conventionnel. «Le prix Unicoolait a atteint 472,31 €/1.000 litres, en augmentation de 30,91 € par rapport à 2024». Ainsi, le lait conventionnel Tpc/Tqc, avec 14 € de compléments de prix et ristournes, arrive à 507,26 €/1.000 l, en hausse de 29,60 €/1.000 l.

Pour le lait issu de l’agriculture biologique, le prix à 38/32 s’élève à 512,82 €/1.000 l, en hausse de 16,90 €/1.000 l. Le prix Tpc/Tqc, avec 14 € de compléments de prix et ristournes atteint 538,54 €/1.000 l, en augmentation de 16,61 €/1.000 l par rapport à 2024. Seul espoir de retrouver une valorisation, «la baisse de la collecte», nécessaire «pour rééquilibrer le marché», a soutenu Mireille Kling.

L’après Lactalis

On se souvient du séisme provoqué par l’industriel laitier en 2024. Fin septembre 2024 lorsque Lactalis a annoncé une réduction de sa collecte en France, la coopérative de Sarrebourg a été informée de la non-reconduction de son contrat avec le leader européen de la transformation laitière.

Depuis, le Conseil d’administration d’Unicoolait s’active pour assurer un débouché à la collecte des 217 exploitations réparties en Moselle et en Alsace, après 2030.

Depuis, «les choses avancent», a rassuré Jean-Luc Jacobi. «Nous avons trouvé un premier accord avec notre voisin Alsace Lait», a-t-il annoncé. «Unicoolait entre dans le capital d’Alsace Lait et devient coopérateur au cours de l’année 2026», a annoncé Jean-Luc Jacobi.

Ce partenariat va rapidement prendre la forme de la mise en marché «d’un lait de consommation de Lorraine sous la marque Unicoolait». Le lait issu de la collecte de Lorraine sera livré par Unicoolait à l’usine d’Alsace Lait à Hoerdt avec une traçabilité du conditionnement jusqu’aux linéaires de la distribution. Les observateurs attentifs auront remarqué sur la tribune, quelques briques de lait exposées et habillées de la nouvelle marque. Et sur le devant de la brique «Lorraine» un Qr Code conduisant le consommateur à visionner sur son téléphone portable un court métrage réalisé dans une ferme du Pays de Sarrebourg. Le film met en valeur la production laitière régionale. Le contenu a été capté sur l’exploitation de l’Earl des Lavandières à Mittelbronn. Mickaël Bernard y présente sa production laitière.

Jean-Luc Jacobi a également livré l’avancement des discussions avec Emmanuel Besnier concernant l’acquisition de l’usine du site de Sarrebourg par Unicoolait. «La transaction est en bonne voie», s’est félicité le président de la Coopérative.

Perspectives de marchés

Invité à éclairer les producteurs de lait sur la conjoncture et les perspectives de marché des produits laitiers, Benoit Rouyer a livré lui aussi un message d’optimisme pour le moyen et long terme. Le directeur de la prospective économique à l’interprofession laitière ne cache pas «une conjoncture moins bonne dans les mois à venir», mais statistiques à l’appui, il se veut plus rassurant pour l’avenir.

Ainsi, l’expert invitait à «bien dissocier les visions à court terme», qu’il qualifiait de maussades, et «à moyen terme, plutôt favorables».

Certes, il n’a pas précisé «l’incertitude qui demeure sur la durée du trou d’air en 2026». Mais pour Benoit Rouyer, il y a «des signes encourageants sur les évolutions récentes des prix des produits laitiers».

Le directeur de la prospective économique à l’interprofession laitière constate déjà «une offre laitière structurellement moins dynamique chez nos concurrents».

Il relève également, «des perturbations plus fortes en 2026, chez nos concurrents européens qu’en France». Et de citer comme exemple, «l’instauration d’une taxe à la vache laitière au Danemark». Une taxe carbone sera mise en place en 2030, dont le montant initial (90 €) augmentera progressivement pour atteindre 225 € par Vl en 2035.

La fin des dérogations à la directive Nitrates en Irlande, au Danemark et aux Pays-Bas devrait également peser en faveur de la filière de production laitière en France.

On a déjà évoqué dans les médias, le plan de cessation d’activité des élevages aux Pays-Bas.

Si ces facteurs impacteront l’Europe du Nord, le Sud n’est pas épargné. Ainsi, l’expert annonçait une «baisse induite de rendement laitier d’ici 2035, liée au stress thermique des vaches laitières en liaison avec le changement climatique».

Du côté de l’offre, nous avons des atouts, et pour ce qui est de la demande, Benoit Rouyer relève «une demande pour les produits laitiers globalement bien orientée», citant les produits laitiers comme «piliers de notre alimentation», il relatait un sondage où «40 % des Français jugent les produits laitiers indispensables dans leur quotidien, devant le pain, les pâtes, la viande, les légumes et les fruits», même si il avouait que «la situation est toutefois moins bonne pour le Bio dont les ventes ont nettement reculé depuis cinq ans».

Invités à prendre la parole en fin de matinée, les représentants du syndicalisme majoritaire ont alerté sur les conséquences économiques de la crise du Moyen-Orient. Christophe Niedercorn, pour la Moselle, a livré une analyse «des coûts induits par la hausse des prix du Gnr et des engrais», rapportant «le premier train de mesures demandées au préfet pour combler une partie des pertes subies». Gérard Lorber, pour le Bas-Rhin, soulignait «l’importance des filières et des outils économiques sur les territoires, et le travail du syndicalisme sur la maîtrise des charges».