Les organisations agricoles qui manifestaient le 19 mai à Strasbourg se sont dites déçues par les mesures du plan d’action sur les engrais de la Commission européenne. Bruxelles n’envisage pas de suspendre le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (Macf) pour les engrais.
«Le coût des engrais est aujourd’hui totalement déconnecté des prix agricoles qu’il plonge les agriculteurs dans une impasse économique». Hervé Auburtin, à la tête d’une délégation de représentants de la Fdsea de la Moselle, dénonce «l’insuffisance des réponses européennes face à la crise des engrais».
Le responsable de la section grandes cultures de la Fdsea, accompagné de trois collègues mosellans, a répondu au mot d’ordre du Copa-Cogeca pour une Flash Action, le 19 mai à Strasbourg.
C’est le jour choisi par la Commission européenne pour présenter son plan d’action sur les engrais. En substance, elle promet des aides directes aux agriculteurs les plus touchés par la hausse des prix des engrais «afin qu’ils puissent acheter leurs fertilisants», selon Bruxelles qui promet également «un soutien exceptionnel afin de renforcer substantiellement la réserve agricole».
Mais la somme débloquée n’est pas encore connue. Celle-ci sera présentée en juin «en même temps que le budget rectificatif afin qu’elle soit rendue disponible pour les agriculteurs après l’été au moment où ils prendront leur décision de semis pour les cultures d’hiver», promet le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen.
Vint-cinq mesures
À ce jour un peu plus de 200 millions d’euros sont encore disponibles dans le cadre de la réserve et Christophe Hansen a indiqué vouloir «au moins doubler ces fonds qui atteindraient donc plus de 400 M€». De plus, une révision ciblée du règlement de la Pac va être présentée pour permettre aux États membres de constituer une réserve de liquidités en réorientant certaines dépenses déjà programmées pour 2026 et 2027. Ce dernier point laisse dubitatifs les représentants français au regard du contexte d’extrême rigueur budgétaire.
Le reste des vint-cinq mesures, annoncées le 19 mai, qui constituent ce plan sont globalement celles qui étaient attendues. Il s’agit principalement d’un calendrier de travail qui prévoit entre autres la révision de la directives Nitrates pour notamment permettre l’utilisation accrue du digestat, et un dispositif pour faire profiter les agriculteurs des recettes de la fiscalité carbone.
Cependant, comme prévu, Bruxelles n’envisage pas de suspendre le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (Macf) pour les engrais.
Les organisations syndicales et coopératives agricoles de l’Ue (Copa-Cogeca) se sont dites déçues par ces annonces qui «ne contiennent aucune mesure immédiate susceptible d’offrir aux agriculteurs un espoir de soulagement économique à court terme» ni de «mesures fermes et ambitieuses à moyen et long terme».
«Sans engrais accessibles, il n’y a pas d’agriculture. Sans agriculture, il n’y a pas de sécurité alimentaire», dénonce Hervé Auburtin. Il prévient, «crise des engrais aujourd’hui, crise alimentaire demain».



