Stocker stabilise les marchés et renforce la souveraineté des pays sur la scène internationale lorsqu’une crise ou un conflit surviennent. Lors de la 17ème matinée Export et Bourse de l’exécution organisée par Intercéréales et Agro Paris Bourse, les débats et les échanges ont porté sur les vertus du stockage d’engrais et de produits agricoles.
Sans ses 350 millions de tonnes de stocks de riz, de maïs et de blé qu’elle s’est constitué au fil des ans, la Chine se sentirait très vulnérable sur la scène internationale et sur les marchés industriels qu’elle cherche à conquérir. Ces dernières années, elle renforce encore sa souveraineté nationale en promouvant une politique d’élevage afin de réduire ses importations de produits carnés dont elle est fortement dépendante. En Jordanie, le conflit moyen oriental, qui oppose l’Israël et les Etats-Unis à l’Iran, n’a actuellement aucune incidence réelle sur les prix de l’alimentation. Or le pays est structurellement importateur de céréales. « La Jordanie a transformé sa vulnérabilité en atout en conduisant notamment une véritable politique de stockage de blé et d’orges, l’équivalent de dix mois de consommation intérieure », explique Malak Al Akiely, présidente directrice générale de Golden Wheat for grain trading. Ces stocks protègent les consommateurs de la volatilité des prix et d’éventuels défauts d’approvisionnement. Par ailleurs, la Jordanie diversifie les pays auxquels elle achète des grains. « Enfin, le royaume jordanien compense sa dépendance, à l’égard des céréales importées de pays tiers, en leur exportant des phosphates, indispensables pour fertiliser leurs sols », ajoute Malak AL Akiely.
Dépendance
Selon Maxime Godart, directeur général du Timac Agro France à Saint Malo, la France devrait s’inspirer des pays, qui ont une réelle culture du stockage, pour se rendre moins vulnérable vis-à-vis de sa dépendance en fertilisants importés de pays tiers. « Le conflit moyen oriental n’affecte pas directement l’approvisionnement de la France en phosphate, en potasse, en gaz et en dérivés azotés puisqu’elle importe une grande partie de ces commodités hors de cette région. Pour autant, le déséquilibre des marchés mondiaux des fertilisants n’épargne pas notre pays. La rareté des commodités fait flamber les cours. C’est le principe des vases communicants appliqué aux marchés des fertilisants », explique Maxime Godart. « Mais en commandant généralement leurs engrais avec une campagne d’avance, l’actuelle flambée des cours devrait très certainement plomber la rentabilité de la récolte 2027, s’ils ne reviennent pas à la normale d’ici quelques semaines », souligne le directeur. Soit parce que les céréaliers paieront leurs engrais hors de prix, soit parce qu’ils renonceront à fertiliser leurs cultures. En attendant, ce décalage (ou cette anticipation) rend les céréaliers français moins vulnérables que leurs voisins européens à l’égard de la volatilité des marchés des intrants. A moyen terme, la France restera importatrice nette d’engrais mais elle peut réduire sa dépendance en relocalisant une partie de sa production. L’industrie de la fertilisation s’appuiera aussi sur la recherche agronomique pour fabriquer des engrais peu lessivables et plus assimilables par les plantes. Or moins d’engrais épandus, ce sont moins de matières premières importées pour les synthétiser !
Léthargie
Diversifier l’origine des importations de fertilisants et entretenir de bonnes relations diplomatiques avec les pays avec lesquels notre pays fait affaires atténuent aussi la vulnérabilité de notre pays. Or ces derniers mois, l’agriculture française et l’industrie de la fertilisation pâtissent du climat délétère entre la France et l’Algérie. Mais les céréaliers français sont quelque peu désarçonnés par la léthargie du gouvernement français et de la Commission européenne, incapables d’apporter des solutions efficaces pour éviter l’effondrement de leur filière. « Les décisions de nouveau annoncées par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, - reports de cotisations sociales, prêts de consolidation et de trésorerie par exemple - ne changeront rien sur le fond », déplore Philippe Heusèle, président du Comité des relations internationales d’Intercéréales. Le MACF instauré depuis le 1er janvier dernier pour protéger l’industrie européenne n’est pas approprié lorsqu’il s’applique sur des filières structurellement importatrices comme celles des fertilisants, sans solutions alternatives à court terme pour réduire leurs dépendances.
« En attendant, le MACF augmente de 10 à 23 € le coût de production d’une tonne de blé », souligne Philippe Heusèle. Mais la Commission européenne n’est pas prête pour exempter les importations d’engrais alors que le conflit moyen oriental bouleverse les fondamentaux des marchés des fertilisants. A la tête de la société Timac, Maxime Godart, parvient partiellement à échapper au MACF en important des matières premières fertilisantes en provenance de pays d’Union européenne. Toutefois, leurs prix sont plus élevés que celles en provenance de pays tiers.



