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Réunion du CAF de Moselle, le 10 août à Metz

Le Conseil de l’Agriculture Française de Moselle réuni les responsables d’Opa sous la présidence du président de la Fdsea. Photo Yanick Derhille
Le Conseil de l’Agriculture Française de Moselle réuni les responsables d’Opa sous la présidence du président de la Fdsea. Photo Yanick Derhille

Les acteurs de l’économie agricole de Moselle se sont retrouvés pour une analyse de la situation de crise. Au-delà d’un bilan provisoire déjà très dégradé, la priorité a été aux mesures d’urgence mais aussi à l’identification de leviers de résilience.

«Il y avait urgence à prendre le pouls de l’agriculture mosellane et échanger sur les pistes de travail proposées par tous les acteurs de l’économie agricole», explique Fabrice Couturier.

Président de l’instance d’échange et de concertation de l’agriculture locale, le Collège de l’agriculture française (Caf) dans sa version mosellane, Fabrice Couturier a réuni, le 10 août dernier, coopératives, association d’éleveurs, Gds, Msa, banque, assureur, centres de gestion, Caisse accidents, Chambre d’agriculture ainsi que le syndicalisme majoritaire jeune et aîné.

Au grand complet, les organisations professionnelles agricoles ont livré une première analyse de la situation économique des différentes filières.

Au regard des remontées du terrain relayées par les participants, des témoignages des agriculteurs et des premières évaluations réalisées dans les filières, les membres du Caf de Moselle ont tous alerté sur «une situation d’une gravité inédite». Le chiffrage des pertes économiques reste encore incomplet, «mais celles-ci seront considérables», rapporte Fabrice Couturier. Un mois plus tôt, le président de la Fdsea avait déjà rencontré le préfet de Moselle pour lui décrire une situation qui n’a fait que s’aggraver depuis.

En cause, «la canicule qui frappe durement l’ensemble du département comme tout le reste de l’agriculture française». Avec pour conséquences «des pertes de récoltes ou parfois d’animaux, pénurie de fourrages et baisse des productions dans toutes les filières», décrit Fabrice Couturier.

Nous avons donc une année climatique «catastrophique» dans un contexte où les acteurs économiques de l’agriculture mosellane observent «hausse des charges et tensions de trésorerie qui se multiplient», même si tous pointent un avenir proche «compromettant l’avenir de nombreuses exploitations». La crise devrait donc s’amplifier.

Année catastrophique

Pour l’heure, les premières estimations témoignent déjà de l’ampleur de la catastrophe. Les pertes de rendements fluctuent de 25 % à 75 % avec des cas particuliers encore plus dramatiques. Jean-Louis Stemart, représentant Groupama, évoque des «pertes de rendement de plus de 50 % pour les cultures de printemps». En aval du secteur de la production, durement touché, les coopératives témoignent de difficultés logistiques. «Le contexte de basses eaux sur la Moselle» compromet la rentabilité du transport par péniches, a expliqué David Meder d’Emc2.

Les filières d’élevage sont également fortement impactées, avec une diminution de la production laitière pouvant aller jusqu’à 30 %. Jean Luc Jacobi, pour Uniccoolait, a alerté sur «les difficultés actuelles qui s’aggraverons significativement avec la baisse de production à venir et des prix à la production insuffisants». Un sentiment partagé par Jean-Marc Barbe pour Sodiaal qui témoigne de «niveaux de productions actuel réalisés grâce aux fourrages de l’année passée», il attire l’attention sur «la chute des taux de matière grasse et protéines». Dans la perspective à venir de manque de fourrages, Edmond Claiser, pour Lorca, a fait savoir le travail entrepris dans «la recherche d’alternative pour assurer l’alimentation des troupeaux». Une nécessité dans ce contexte de forte contraction de la disponibilité. Autre marge de manœuvre mise en avant par le président de la Chambre d’agriculture Stephane Ermann qui a salué «la solidarité des méthaniseurs» dans l’arbitrage de la destination des cultures fourragères.

On s’inquiète également de l’état sanitaire du troupeau mosellan, fragilisé par les conditions difficiles imposées aux animaux d’élevage. C’est à Étienne Girard qu’a été confié ce point d’ordre du jour. Il s’est livré à une analyse précise des conséquences des dernières semaines de canicule sur les troupeaux y compris concernant l’évolution de la fertilité. Son propos à été complété par Jonathan Nondier, président des Ja, pour le troupeau ovin mosellan.

Le Gds surveille, par ailleurs, la circulation du virus Shamonda-Europe. Il s’est désormais étendu au-delà des zones initialement concernées, l’ouest de la France. Notre proximité avec les frontières du nord-est incite à une acuité particulière au niveau européen (Belgique, Pays-Bas). La situation épidémiologique reste donc évolutive, selon le Gds, qui communiquait auprès des éleveurs la semaine dernière. Son message rapporte que les cheptels bovins laitiers sont les principaux touchés. Les signes observés se traduisent notamment par de la diarrhée, de la fièvre et une baisse transitoire de la production laitière parfois importante.

«Toutes les suspicions sur des petits ruminants ont été infirmés», peut-on lire dans le courriel diffusé.

Même si nous n’avons pas connu des mortalités comparables aux ateliers avicoles de l’Ouest, les éleveurs de volailles mosellans subissent, eux aussi, «des performances de croissance dégradées» en conséquence de la canicule.

Un tableau sombre donc pour ces filières et une tendance très inquiétante. S’y ajoute, d’après l’expertise des marchés de l’Apal, «une baisse de la consommation de viande bovine ces dernières semaines», rapporte Stéphane Peultier. Les canicules plombent l’appétit est les consommations de viande grillée en pâtissent.

Mesures d’urgence

Face à cette situation, le syndicalisme majoritaire s’est déjà mobilisé pour obtenir du gouvernement les mesures d’urgence à l’image du dégrèvement de la Tfnb, le prolongement de l’aide Gnr ou encore la dérogation à l’implantation des Cipan. Il a été obtenu la possibilité pour les éleveurs bio de s’approvisionner dans certaines conditions en fourrages issus de l’agriculture conventionnelle. Les collectivités ont été sollicitées pour accompagner la restauration des prairies détruites par la canicule. La Fdsea a aussi mobilisé son réseau autour de mesures d’entraide, comme l’opération de solidarité «paille et fourrages», avec une demande d’aide au transport auprès de la Région. Le représentant de la Msa a demandé le soutient de la Fdsea pour solliciter «une nouvelle enveloppe de prise en charge des cotisations sociales». Régis Rollin appel de ses vœux «un dispositif simple» accessible au plus grand nombre. Et même si le secteur bancaire n’observe pas encore de «dégradation significative des trésoreries», en témoigne Marie-Claude Scharff pour le Crédit Agricole, les mesures d’assouplissement dans les échéanciers de remboursements d’emprunts et des dispositifs d’envergure nationale s’avèrent nécessaires. Le président de la Fdsea a ainsi porté une demande «d’année blanche» devant le préfet de Moselle.

Situation inédite

Mais, face au caractère inédit de cette situation, «il faut aller plus loin», plaide Fabrice Couturier. «La Fnsea demande au gouvernement un plan de soutien exceptionnel pour apporter une réponse financière immédiate aux exploitations les plus touchées et une enveloppe de crise dans le projet de loi de finances pour 2027», rapporte-t-il. Mais pour lui, «soutenir les exploitations touchées et préserver notre potentiel de production est une question qui appelle une réflexion et des leviers imaginés localement». «Il faut éviter une catastrophe économique sans précédent en mobilisant tous les moyens nécessaires à l’adaptation de nos modèles agricoles, et l’accès à l’eau sera incontournable pour garantir une production agricole locale et contribuer à la souveraineté alimentaire du pays».

Dès le lendemain de la réunion du Caf de Moselle, un courrier a été adressé au préfet de Moselle. Fabrice Couturier y demande l’engagement d’une réflexion «sur les adaptations nécessaires au renforcement de la résilience des entreprises agricoles et des filières qui mettent en marché leurs productions». La piste prioritaire concerne «la question du stockage de l’eau» que les membres du Caf de Moselle qualifient de «chantier incontournable».