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Métropoles et alimentation : Désamour au centre

En 2026, le bio à la cantine est devenu moins politique. Photo DR
En 2026, le bio à la cantine est devenu moins politique. Photo DR

En six ans, les ambitions du bloc central sur l’alimentation et l’agriculture ont reculé. À gauche, les programmes restent stables, voire plus ambitieux. À droite, de nouvelles propositions émergent, comme la relocalisation de l’alimentation ou la gratuité des cantines.

C’est un fait établi pour les politiques nationales et communautaires : le Covid-19 et la guerre en Ukraine ont redessiné les programmes agricoles, vers davantage de «localisme» et de soutien aux moyens de production (eau, pesticides). Qu’en est-il des politiques locales ? Les élections municipales 2026 étaient une bonne occasion de le savoir.

De Lille à Nice, la dynamique a complètement changé. En 2020, les projets de généraliser les denrées biologiques dans les crèches et la restauration collective des écoles se multipliaient. Tout comme l’idée d’instaurer des fermes biologiques intra-muros ou sur des terrains municipaux périphériques, de constituer des ceintures maraîchères ou tout au moins de protéger le foncier agricole environnant.

Dans les programmes de 2026, la dynamique a beaucoup changé. La norme est plutôt à la stabilité voire au recul des ambitions. «Il y a eu peu de débats sur la restauration scolaire» s’étonne Laurent Terrasson, directeur de la publication L’Autre cuisine (média spécialisé de la restauration collective). Les programmes de 2026 étaient aussi beaucoup moins étayés sur ces thématiques.

Le bio, plus résistant à gauche qu’au centre

Le mouvement le plus notable est le recul du bloc central. C’est le cas notamment à Paris, où les promesses d’Agnès Buzyn en 2020 (repas 100 % «bio, local ou équitable» dans les crèches) se sont évaporées dans le programme Lrem/Horizons de Pierre-Yves Bournazel en 2026. De même avec celles de Thomas Cazenave à Bordeaux, qui promettait en 2020 «de porter de 40 % à 75 % la part de l’alimentation bio» ; elles ont disparu en 2026.

Il faut dire que dans ces deux villes, où la gauche l’a emporté en 2020, le bio a largement progressé dans les cantines. Selon Agir pour l’environnement, il atteignait 46,4 % en 2024 à Paris, 66,2 % à Bordeaux. «Il est frappant de constater que les plus mauvais élèves sont très majoritairement des communes gérées par des équipes municipales se classant à droite de l’échiquier politique», relève l’association citoyenne.

Si le bio à la cantine est devenu moins politique, c’est aussi parce qu’il fait désormais partie de politiques publiques nationales, suppose Isabelle Aprile, présidente du Snrc (sociétés de restauration collective). Depuis janvier 2022, les collectivités ont une obligation d’atteindre un taux minimum de 20 % de bio dans leurs cantines, sans qu’aucune sanction ne soit toutefois prévue.

Le bio progresse dans les cantines, ce qui n’a pas empêché la gauche de conserver des objectifs élevés dans les villes où elle était aux commandes. À Marseille, comme à Lyon, Bordeaux, Rennes et Strasbourg, l’alimentation biologique est restée un sujet à gauche, au moins pour les cantines. À Bordeaux, l’écologiste Pierre Hurmic a même augmenté ses objectifs, mais il a été battu par le bloc central.

Il fut globalement moins question d’alimentation, et il en fut question autrement. Avec la crise du pouvoir d’achat est réapparue la proposition de gratuité des cantines, que ce soit chez Mohed Altrad (Horizons) à Montpellier, Michel Aulas à Lyon et Violette Spillebout (Lrem) à Lille. À Rennes, c’est même l’Insoumise, Marie Mesneur, qui a défendu l’idée d’une cantine à la fois gratuite et bio.

Des listes de différentes couleurs ont présenté des principes de solidarité alimentaire, beaucoup plus qu’en 2020. À Toulouse, c’est l’équipe du centriste Jean-Luc Moudenc qui se prévaut de la mise en place du «Défi alimentaire» par lequel un budget sanctuarisé finance six mois de soutien alimentaire à certains bénéficiaires. «Je voudrais démultiplier ce programme de 2027 à 2032», annonce son adjoint en charge du «Bien manger».

Une population concernée plus large

Il est à noter que l’alimentation est sortie des chapitres de «l’Éducation» dans certains programmes. Ce changement se reflète dans la composition des nouveaux conseils municipaux. À Nantes, par exemple, la restauration collective a gagné sa délégation propre. Les écoliers ne sont plus le seul public destinataire des mesures sur la bio. Ainsi, des listes de gauche ou écologistes ont proposé d’élargir l’offre d’alimentation biologique à d’autres populations que les enfants, que ce soit en restauration collective ou par l’implantation d’épiceries solidaires. Strasbourg a été pionnière, sous le mandat de l’écologiste Jeanne Barseghian, de «l’Ordonnance verte» (paniers bio gratuits pour les femmes enceintes). Une idée reprise en 2026 par la gauche à Rennes et à Lyon.

Parmi les candidats qui ne parlent plus de bio à la cantine, nombreux ont fait campagne sur l’approvisionnement local, «un terme qui reste ambigu car personne n’a la même définition», souligne Stéphane Veyrat, directeur de l’association Un Plus Bio des collectivités développant la restauration collective biologique. Le localisme a d’ailleurs été la porte d’entrée de plusieurs candidats d’extrême-droite, qui ne parlaient pas d’alimentation jusqu’ici.

Place au «verdissement»

Quid de l’agriculture urbaine, très en vogue en 2020 ? Les projets de fermes urbaines ou régies agricoles ont été beaucoup moins mis en avant cette année. Il faut dire qu’après une décennie de croissance, l’agriculture urbaine a ralenti en France, avec seulement treize nouveaux projets recensés en 2025, soit cinq fois moins qu’en 2022. Le mouvement a été marqué par la chute de la Cité de l’agriculture marseillaise à l’été 2025. Dans la cité phocéenne, le thème a disparu des programmes, même à gauche.

En miroir, les programmes ont vu fleurir les politiques de verdissement des villes comme réponse aux défis des canicules. Les candidats ont rivalisé en nombre d’arbres plantés, de cours d’écoles végétalisées ou d’aménagements très ambitieux. Ainsi en était-il du «plan fraîcheur» pour Lyon de Jean-Michel Aulas visant à «créer une immense forêt urbaine le long du Rhône et de la Saône».

Ce verdissement proposé peut prendre une forme nourricière quand il s’agit de planter des arbustes fruitiers, de partager des jardins ou d’organiser des cueillettes au profit de populations défavorisées. À Nantes, un conseiller veille au «paysage alimentaire», tandis que les questions agricoles sont laissées à la métropole. «Les fermes urbaines, les ruchers sur les toits, les arbres nourriciers entrent peu à peu dans les imaginaires», constate Stephane Veyrat, directeur de l’association nationale Un Plus Bio.

Résistance des fermes urbaines

Pour autant, le thème des fermes urbaines n’a pas disparu des programmes de 2026, et reste très transpartisan. Des projets de ferme urbaine étaient dans les programmes de 2026 de Grégory Doucet (écologiste) à Lyon (production de fruits et légumes), de Christian Estrosi (Lr) et de son rival Éric Ciotti à Nice (légumes de la plaine du Var et «miel de Nice»), d’Allisio (Rn) à Marseille, de Jeanne Barseghian (écologiste) et de son allié Lfi (production végétale) à Strasbourg.

La gauche parisienne était jusqu’ici la plus déterminée sur ce thème. Le programme Parisculteurs, qui depuis 2016 a soutenu plus de 80 projets d’agriculture urbaine sur plus de 24 hectares, est toujours mis en avant. Les perspectives financières pour la nouvelle mandature seront arbitrées dans les prochains mois. «Parisculteurs est un dispositif amené à s’inscrire dans la durée», assure-t-on à la mairie de Paris.

Reste que peu de politiques semblent intégrées, les politiques alimentaires et agricoles. Pour Marie Massart, deuxième adjointe en charge de l’alimentation durable à la mairie de Montpellier, «les administrés ont du mal à concevoir qu’il faut aussi une agriculture durable et des revenus dignes aux agriculteurs».