Le Conseil des ministres du 19 novembre s’est penché sur le Mercosur. Au risque de creuser un peu plus le fossé entre les agriculteurs et l’exécutif.
Intervenant lors du congrès de l’Agpm à Orléans, le 18 novembre, le président de la Fnsea, Arnaud Rousseau, a dévoilé une partie de son entretien avec le chef de l’État, qu’il avait eu le matin même à l’Élysée. Il lui a rappelé les lignes rouges et l’a gourmandé très diplomatiquement sur son revirement de position lorsqu’il est allé à Belém (Brésil) en compagnie du président Lula. Emmanuel Macron avait alors déclaré, le
6 novembre, être «plutôt positif» sur la possibilité d’accepter le Mercosur. «Mais je reste vigilant parce que je défends aussi les intérêts de la France», avait-t-il ajouté dans cette déclaration en marge de la Cop 30. Le
18 novembre, Arnaud Rousseau a rappelé fermement à Emmanuel Macron que les clauses de sauvegarde, telles qu’elles sont rédigées, sont dangereuses pour la France. Elles prévoient notamment 10 % de variation sur les prix et volumes. «10 % c’est colossal !», a-t-il lâché, expliquant que les pays du Mercosur n’y sont pas favorables. Quant aux clauses miroirs, le président de la Fnsea ne se berce d’aucune illusion. «Pour les mettre en place, il faudrait rouvrir l’accord», a-t-il expliqué. Ce que ne voudrons, ni la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ni les pays du Mercosur. Pas question non plus de compter sur une mesure miroir parce que le Mercosur demandera alors une clause de rééquilibrage qui, au bout du bout, permettra aux pays du Mercosur de toucher des indemnités. Quant à l’union douanière, Arnaud Rousseau est conscient qu’il sera très compliqué de la mettre en œuvre car, aujourd’hui, «seuls 3 % des produits agricoles bruts et transformés qui sont importés au sein de l’Union européenne sont contrôlés. Près d’un quart d’entre eux ne sont pas conformes», a-t-il argumenté s’interrogeant sur la place de la France au sein du concert de nations et sur sa stratégie agricole… qui semble faire défaut.
«Impératif et urgent»
À la lecture du compte rendu du Conseil des ministres du 19 novembre, l’analyse du président de la Fnsea semble plutôt juste. Certes, la France réaffirme haut et fort que les bonnes relations qu’elle entretient avec les pays du Mercosur «ne sauraient conduire à accepter de conclure un accord que nous jugerions contraire à nos intérêts» que «l’accord tel qu’il a été conclu par cette dernière (Commission européenne, ndlr) à Montevideo en décembre 2024 n’est pas acceptable en l’état». Dans la communication qui a été présentée conjointement par les ministres Annie Genevard (Agriculture) et Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères), la France formule officiellement trois demandes de garanties additionnelles. En premier lieu : une
«clause de sauvegarde spécifique, applicable aux produits agricoles et destinée à compléter l’accord» qui prendrait la forme d’une «surveillance des marchés (…) pour détecter d’éventuelles perturbations de volume et de prix». Ce dispositif permettrait «de bloquer les importations». En deuxième lieu, la France demande que les produits bruts et transformés qui entrent dans l’Ue respectent «impérativement (…) les normes imposées aux producteurs européens». En conséquence, «la France demande à la Commission européenne de présenter, dans les plus brefs délais, des propositions d’actes réglementaires sur des ‘‘mesures miroirs’’ relatifs aux pesticides et à l’alimentation animale (…), c’est impératif et urgent» souligne le communiqué du conseil des ministres. Enfin, troisième garantie demandée : des mécanismes de contrôle sanitaire, phytosanitaires et des vérifications robustes sur les produits importés, à leur arrivée aux frontières de l’Union européenne, et dans les pays exportateurs. La France demande à la Commission «la présentation rapide d’un plan d’actions détaillé et des projets d’actes associés, avant la mise en place d’une ‘‘force de contrôle sanitaire’’». Pour l’exécutif, «le maintien du statut de grande puissance agricole de notre pays est une priorité stratégique». Il reste maintenant à convaincre Ursula von der Leyen. Comme le répète souvent Arnaud Rousseau, c’est la crédibilité de la France et la parole publique (politique) qui sont en jeu.
10.000 agriculteurs attendus le 18 décembre à Bruxelles
Selon le Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne Copa et son alter ego des coopératives (Cogeca), ce sont plus de 10.000 agriculteurs qui sont attendus à Bruxelles pour «dénoncer l’approche de plus en plus ‘’trompeuse’’ de l’Union européenne en matière d’agriculture», annonce-t-il dans un communiqué du 21 novembre. Le Copa-Cogeca invite à une grande manifestation paneuropéenne qui aura le soutien des principaux syndicats agricoles européens (Fnsea, Ja, Dbv, Coldiretti, Confagricultura, Coag, Asaja…). Le Copa dénonce le double langage des dirigeants de la Commission européenne qui «présentent l’agriculture comme un secteur stratégique» alors même que leurs propositions «signalent un recul par rapport aux ambitions agricoles communes de l’Ue». Cette manifestation aura lieu quelques heures avant le départ de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour le Brésil afin de conclure l’accord avec le Mercosur. Les agriculteurs européens réclament des «règles commerciales équitables et transparentes qui protègent les normes de l’Ue et les secteurs les plus sensibles» ainsi qu’une véritable simplification, une meilleure réglementation et une sécurité juridique, conclut le communiqué.



