«Anticiper, agir, réussir : répondre aux défis coopératifs». Tel était le fil rouge qui a guidé la matinale alimentaire de La coopération agricole (LCA), fin juin à Paris.
Gilles Trystram, professeur émérite d’Agro Paris Tech, a d’emblée posé un postulat autour d’un écueil majeur : «le problème de l’intermittence des ressources». Car celles-ci vont déterminer plus qu’aujourd’hui les systèmes futurs. «Elles sont les déterminants d’un système alimentaire durable»,
a-t-il insisté. «Qui devra s’inscrire dans le nécessaire cadre d’une neutralité carbone», a renchéri François Gemenne, professeur à Hec.
Une condition sine qua non pour éviter de subir les aléas climatiques de manière intensive et répétée chaque année. «En ce sens, le captage du CO2 par les sols constitue un vrai défi», a-t-il certifié, appelant à «monétiser ce stockage» et regrettant le manque de vision politique sur les enjeux agricoles et environnementaux qui «ont conduit à l’immobilisme». Pour l’enseignant, il va être nécessaire de développer l’élevage pour maintenir les prairies, un des principaux leviers de cette captation, mais aussi de mobiliser l’épargne qui dort sur les comptes bancaires français et européens.
Nombreuses sont déjà les coopératives à s’être engagées dans les processus de transition agroécologique. «Nous sommes l’une des courroies de transmission des transitions», a rappelé Christophe Grison, administrateur de Lca. S’il souligne l’implication de l’amont de la chaîne, il s’inquiète des difficultés à motiver les partenaires de l’aval. «Quand je demande à une meunerie ou à un fabricant d’aliment pour bétail s’il veut du blé décarboné, je ne sens pas un enthousiasme débordant», a-t-il observé.
Accompagner les agriculteurs
Cette «nécessaire transition», de l’aveu des intervenants, devra tenir compte d’autres facteurs comme le renouvellement des générations, avec l’émergence de nouveaux profils qui s’installent maintenant plus sous forme sociétaire qu’en individuel.
«Ce qui fait que le paysage agricole est plus complexe à lire, car on sent naître une dissociation entre la terre, le capital et le travail», a souligné Isabelle Litrico, directrice scientifique de l’Inrae. C’est pourquoi des coopératives, comme Natup (Seine-Maritime), ont développé une commission «jeunes» qui travaille sur quatre axes. Parmi eux : la structuration de l’accueil, pour «créer une vraie proximité» et renforcer «la place des jeunes dans la gouvernance des coopératives» a indiqué Frédéric Le Cerf, responsable expérience adhérents de Natup.
L’ensemble de ces démarches s’inscrit dans le développement de la Rse (Responsabilité sociétale des entreprises) au sein des coopératives à l’image d’Eureden qui s’appuie sur l’accompagnement des agriculteurs vers des pratiques plus durables, la réduction de l’empreinte environnementale de ses activités, le développement de filières responsables et la valorisation des productions locales.
«L’objectif est que nous puissions partager nos expériences, nous enrichir de celles des autres, et permettre à chaque agriculteur de bien trouver sa place au sein de sa coopérative», a conclu Sébastien Chevalier, vice-président d’Agrial.



