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Les agricultrices en quête d’égalité

«Malgré l’importance de leur rôle dans le monde agricole, des disparités avec les hommes demeurent», souligne Annie Genevard ici avec, à ses côtés, la viticultrice Sandrine Couvreur. Photo R. Cremonini
«Malgré l’importance de leur rôle dans le monde agricole, des disparités avec les hommes demeurent», souligne Annie Genevard ici avec, à ses côtés, la viticultrice Sandrine Couvreur. Photo R. Cremonini

La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, était dans la Marne, le lundi 7 juillet. Une visite, sur une exploitation viticole axée sur la place des femmes en agriculture, qui a été l’occasion de lancer la consultation citoyenne sur le sujet.

Sandrine Couvreur, viticultrice à Rilly-la-Montagne (51), a accueilli la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, sur son exploitation. Après une visite rapide, la matinée s’est poursuivie par une table ronde avec une quinzaine de femmes agricultrices ou viticultrices, autour de leurs témoignages et propositions concernant les actions à mettre en oeuvre pour lever les freins que rencontrent les femmes en agriculture.

Cet échange avec des actrices du monde agricole s’inscrit dans le cadre du lancement, par la ministre, d’une consultation citoyenne sur cet enjeu. Elle est en ligne depuis le 4 juillet et jusqu’au 31 août. Elle interroge les Français sur la place des femmes en agriculture*.

À Rilly-la-Montagne, les témoignages ont permis de donner une idée précise des difficultés rencontrées par les femmes pour concilier carrière professionnelle, mandat d’élue et vie de famille. La profession se féminise, mais le combat se poursuit pour l’égalité.

Professeure d’agronomie au lycée agricole de Somme-Vesle (51), Sandrine Dardoise observe qu’en Bac production végétale, un tiers des élèves sont des filles alors qu’elles étaient rares il y a trente ans. Pour Ophélie Lapie-Lamiable, viticultrice à Tours-sur-Marne, la Champagne montre l’exemple avec 44 % de femmes chefs d’exploitation, contre 27 % en France. Dans les formations viticoles, la parité est parfois atteinte. Mais «les formations techniques sont majoritairement suivies par des hommes». Elle voit là une forme d’autocensure, et observe que les filles ne sont pas formées au machinisme dans le milieu familial, contrairement aux garçons.

«Comment fonctionne le monde agricole»

Après une reconversion, Solange Méric est devenue, à 40 ans passés, éleveuse de bovins dans l’Aube à Verpillère-sur-Ource. Elle regrette de ne pas avoir eu accès à des dispositifs d’aides. «Il m’a manqué qu’on m’explique comment fonctionne le monde agricole», témoigne-t-elle. Et un peu plus des trois heures de formation en machinisme ne lui ont pas permis de démarrer son John Deere du premier coup. Vice-présidente à l’agriculture de la région Grand Est, Béatrice Moreau précise qu’une aide régionale à l’installation pour les personnes de 41 à 50 ans existe, sous conditions.

L’installation est un sujet qui préoccupe Valérie Mance, agricultrice céréalière à Fère-Champenoise (51). Elle observe que la féminisation est bien réelle «la moisson est effectuée par 50 % de femmes dans mon secteur». Avec la moitié des agriculteurs qui vont partir à la retraite à l’horizon 2030, la clef de la réussite d’une installation repose, selon elle, sur «des moyens de production et un revenu».

Annie Genevard le constate pour sa part, «des familles hésitent à transmettre à leurs enfants en raison d’incertitudes sur le revenu».

La ministre a conclu les échanges. «À vous toutes, vous avez dressé un panorama assez complet du sujet. Vous allez directement à l’essentiel et vos témoignages vont nourrir la réflexion et les propositions que je serai amenée à faire». Elle appelle à une reconnaissance de la parole des femmes dans l’ensemble de la société, et regrette l’autocensure et le plafond de verre qui brident leurs carrières.

 

(*) Pour contribuer à la consultation citoyenne, se rendre sur le site agora.gouv.fr ou télécharger l’application Agora.