La sécheresse et la canicule ont occasionné d’importants dégâts dans les filières agricoles. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a réuni les préfets pour évaluer les conséquences financières de ce coup de chaud printanier et estival.
La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a réuni le 27 août les préfets pour établir un point de situation sur l’état de la France agricole après plusieurs semaines de sécheresse et de canicule. Le constat est «sans appel : l’impact est lourd et la crise sérieuse», a indiqué un proche collaborateur de la ministre le 28 août, lors d’un point presse. Ainsi, pas moins de 101 départements sont touchés par la sécheresse, dont 95 font l’objet de restrictions d’eau à différents degrés mais 62 sont, à ce jour, en situation de crise. Presque toutes les filières agricoles subissent de plein fouet ces anomalies météorologiques, que ce soit les filières végétales ou animales. Ainsi, les pertes de rendement des productions végétales dépassent 50 % dans plusieurs régions. Les maraîchers font état d’une baisse dramatique : les haricots verts perdent la moitié de leur tonnage, et l’aubergine ou le poivron près de 30 %. «80 départements ont constaté des pertes importantes en maïs, 70 départements déplorent des chutes de production en arboriculture, et 60 d’entre eux des pertes irrémédiables en maraîchage de plein champ», a ajouté un membre du cabinet.
L’élevage est tout aussi éprouvé. Les fortes chaleurs provoquent des chutes de production laitière importantes. Surtout, la pousse des prairies s’est arrêtée fin mai, obligeant les éleveurs à puiser prématurément dans les stocks de foin hivernaux. Le déficit de fourrage atteint plus de 50 % dans la moitié des prairies et des régions faisant peser un risque majeur sur la survie des cheptels cet hiver. Cette crise fourragère est aggravée par des prix d’achat du lait bas (parfois 40 cts/litre), bien en deçà du coût de production de 48 centimes/l. Cette situation pèse sur des trésoreries déjà fragiles. Le ministère estime qu’environ 30.000 exploitations agricoles (sur environ 350.000) «ont un besoin urgent d’aide» financière pour passer le cap. Le manque de trésorerie est tel que certains agriculteurs peinent à financer les semis et engrais pour relancer la production l’an prochain, une dépense d’environ
1.000 euros par hectare.
Plusieurs centaines de millions d’euros
Pour répondre à cette urgence, Annie Genevard a réuni les préfets afin de chiffrer précisément les besoins locaux et d’affiner le plan d’aide Canicule, sécheresse et incendies (Casi). Ce dispositif national, qui devait être présenté le 3 septembre aux syndicats, vise à soulager la trésorerie des exploitations, en ciblant notamment les jeunes agriculteurs lourdement endettés. «Il s’agit d’indemniser les pertes exceptionnelles et éviter que les trésoreries les plus fragiles ne viennent à lâcher», a confirmé une source ministérielle. Ainsi, le gouvernement prévoit, le déclenchement de l’indemnité de solidarité nationale (Isn) et des dégrèvements fiscaux (Tfpnb) «Plusieurs centaines de millions d’euros», confirme-t-on auprès du ministère de l’Agriculture. Le plan du 3 septembre vise aussi à «relancer la production car il faut éviter les faillites et par conséquent une régression structurelle de la production» qui entamerait un peu plus la souveraineté alimentaire française. Le ministère a proposé l’achat de fourrages, de semis tout en poursuivant les soutiens spécifiques à l’achat de Gnr et d’engrais. La Mutualité sociale agricole (Msa) soutiendra les éleveurs via des prises en charge de cotisations et des cellules d’écoute. Les arbitrages financiers sont sur le bureau de Bercy. Par l’intermédiaire de son président, Arnaud Rousseau, la Fnsea a estimé à la mi-août que la sécheresse de cette année allait coûter «plusieurs milliards d’euros». Interrogée sur France Inter le 28 août, la ministre a rappelé que les conclusions budgétaires définitives étaient en cours d’évaluation, et ne devaient être connues que le 3 septembre.



