Vous êtes ici

La robustesse au menu de la session Chambre d’agriculture de la Moselle

À la tribune (de g. à d.) : Claude Souiller (directeur de la Ddt), Estelle Pochat, Stéphane Ermann, Éric Berton et Jean-Louis Stemart respectivement, vice-présidente, président, directeur et vice-président de la Chambre d’agriculture 57. Photo  YD
À la tribune (de g. à d.) : Claude Souiller (directeur de la Ddt), Estelle Pochat, Stéphane Ermann, Éric Berton et Jean-Louis Stemart respectivement, vice-présidente, président, directeur et vice-président de la Chambre d’agriculture 57. Photo YD

Vendredi 18 septembre, la session de la Chambre d’agriculture de la Moselle était réunie à la chambre des métiers de Metz. À cette occasion, un maître-mot est ressorti tout au long des débats : la robustesse.

Dans un contexte très compliqué pour le monde agricole, exposé aux risques climatiques et sanitaires, géopolitiques et sociétaux, économiques et financiers ou structurels et humains, la Chambre d’agriculture de la Moselle avait choisi d’axer les travaux de la session du 18 septembre sur une grande thématique : la robustesse.

En ouverture des interventions, un constat a été dressé, «il faut évoluer dans notre façon d’appréhender l’avenir et passer d’un objectif de performance à un objectif de robustesse». Comme le souligne Christophe Marconnet, responsable du service économique, «les dernières campagnes vécues, mais encore plus 2026, engendrent des pertes de repères :  il n’a jamais fait aussi chaud depuis 126 ans, +3,6 degrés par rapport à la moyenne des trente dernières années, ce qui risque de provoquer une augmentation des situations difficiles à accompagner».

Auparavant, l’idée était de faire mieux dans un contexte stable, d’optimiser au maximum les systèmes d’exploitation, mais il apparaît que «plus un système est optimisé, moins il est capable d’encaisser la variation ; or, nous sommes confrontés à des conditions de plus en plus fluctuantes».  C’est là qu’apparaît la nécessité d’un changement de logiciel, «il faut réduire sa dépendance aux chocs, préserver des marges de manœuvre et des capacités d’adaptation». En un mot, il faut être robuste !

Les raisons du changement

Pourquoi miser sur une évolution, et viser la robustesse ? C’est pour se donner une boussole stratégique, s’adapter au changement pour viser au-delà des performances d’aujourd’hui et se donner les moyens de durer, de rebondir et de continuer à se développer.

Pour atteindre cet objectif de changement, il est nécessaire de modifier la manière d’appréhender une exploitation en prenant la posture d’un chef d’entreprise. Il faut avoir une vision stratégique, connaître ses points de fragilité, piloter sa trésorerie en anticipant au maximum et constituer et préserver «son trésor de guerre». Il faut également prioriser la rémunération du travail par rapport à la capitalisation et gérer et piloter son endettement. La robustesse peut aussi passer par la diversification des sources de revenus, tant par la mise en place de nouveaux circuits de commercialisation que de nouvelles productions sur l’exploitation. La production d’énergie ou de biomasse, de fourniture de prestations de services ou encore des revenus extérieurs à l’exploitation sont des possibilités de diversification.

Enfin, la robustesse passe par la coopération. Coopérer c’est sous-traiter, louer, plutôt qu’acheter, ou partager la propriété. C’est avoir recours à l’entraide ou l’achat en commun de matériel via des Cuma. Comme le souligne le président de la Chambre d’agriculture, Stéphane Ermann, «c’est une transformation culturelle, une nouvelle version du logiciel du bon sens paysan !».  C’est face à ces enjeux que la Chambre d’agriculture se pose comme partenaire privilégié avec des collaborateurs qui évoluent dans leur posture de conseil.

Les grandes cultures à la loupe

Anne Barth, responsable du service agronomie, est intervenue sur les grandes cultures en détaillant trois grandes périodes vécues ces cinquante dernières années. De 1975 à 1999, une phase où les progrès techniques et génétiques ont permis un gain de 1,4 q par hectare par an, sans dérèglement climatique. La période suivante, de 2000 à 2015, où les rendements ont stagné grâce aux gains techniques et génétiques qui compensaient l’impact du dérèglement climatique. Enfin, une dernière période, ces dix dernières années où les progrès ne compensent plus et où les rendements chutent de 0,2 q par hectare par an. À ce phénomène s’ajoute également une plus forte variabilité entre les années provoquée par les évènements climatiques.

Une fois ce constat dressé, Anne Barth, accompagnée par Sébastien Mangin, a présenté plusieurs pistes de travail pour être plus robuste demain. Les résultats du groupe de travail “Dephy” depuis 10 ans qui vise à réduire de 50 % l’usage de produits phytosanitaires ont démontré la possibilité d’un gain de 60 euros de marge à l’hectare en moyenne. Ils ont également évoqué que ce n’est pas systématiquement la recherche du meilleur rendement qui débouche sur la meilleure marge, les derniers quintaux pouvant coûter très chers à produire. Enfin, un travail sur les charges de mécanisation porte ses fruits tant au niveau des pratiques (semis direct - labour - Tcs) que concernant l’utilisation de matériel en commun.

Un élevage robuste

Arnaud Gresset, responsable du service élevage, a présenté différentes solutions, à court et moyen terme pour renforcer la pérennité des ateliers d’élevage. Il évoque dans un premier temps «la nécessité de savoir où on va en calculant un bilan fourrager sur douze mois, en anticipant pour se couvrir en fourrages». Il ajoute que les semis de dérobés faits cet été peuvent être une solution mais plus au printemps par la récolte de méteils ou raygrass qui pourront être récoltés avant un semis de maïs. L’autre solution avancée par le responsable du service élevage est d’adapter la taille de son troupeau à sa capacité à le nourrir en réformant notamment les animaux improductifs.

À moyen terme, les solutions présentées sont l’augmentation des capacités de stockage de fourrages et pailles, la reconstitution des stocks, des modifications d’assolement en diversifiant les cultures mais également une extensification de l’élevage en réduisant le nombre d’Ugb à l’hectare. Une piste présentée consiste aussi à raccourcir l’âge au vêlage en visant vingt-quatre mois pour les bovins mais également à travailler à l’irrigation des cultures fourragères. Un travail doit être réalisé sur la conception des nouveaux bâtiments et l’aménagement de ceux existants pour le bien-être des animaux et de l’éleveur également.

Une intervention de Marie Laflotte, directrice de l’exploitation du lycée agricole de Château-Salins, est venue illustrer ces propositions en présentant les pratiques mises en place sur la ferme de la marchande, tant au niveau agronomique qu’en adaptation du bâtiment d’élevage. Arnaud Gresset a conclu en expliquant qu’il n’y a pas de solution miracle, mais que c’est leur combinaison qui fait la robustesse des exploitations.