Le président de la Fdsea a livré un plaidoyer pour «une agriculture inscrite dans le progrès», pour «rompre avec la stratégie mortifère de la décroissance».
Un peu plus de 250 adhérents de la Fdsea avaient rejoint l’auditorium du Parc des Expositions à Metz, le 20 mars, pour participer aux travaux d’assemblée générale du syndicat majoritaire.
Adhérents et invités, au-delà des travaux statutaires, ont consacré la majeure partie de la matinée à débattre sur la place de la production agricole dans la souveraineté alimentaire et énergétique du pays.
Deux intervenants avaient répondu présents à l’invitation de Fabrice Couturier. Soucieux d’alimenter la réflexion des chefs d’exploitations agricoles de Moselle, il s’est attaché les compétences de Sébastien Abis, chercheur associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), et Éric Thirouin, président de l’Agpb (Association générale des producteurs de blé).
Les deux orateurs (voir page 36 de cette même édition) ont livré une analyse où l’agriculture, quoique malmenée, s’impose comme une solution, y compris dans les perturbations géopolitiques de l’actualité récente. Elle n’en reste pas moins une victime comme le montrait Fabrice Couturier dans son rapport d’orientation.
De nombreux défis
«La production agricole est confrontée tous les jours un peu plus à de nombreux défis», affirmais le président de la Fdsea. Et de citer en exemple les «défis techniques avec la perte de moyens de production, l’encadrement de nos pratiques professionnelles, les défis climatiques ou encore socio-économiques avec le renouvellement des générations, l’environnement géopolitique et les expressions contradictoires des attentes de la société. Une somme d’éléments perturbateurs dans la prise de décision, des exploitants agricoles au quotidien sur leur ferme, mais aussi collectivement dans nos mandats de responsable professionnel agricole». Le lien avec la préoccupation «d’un revenu décent pour tous les acteurs de la production agricole» et par voie de conséquence «d’une nécessaire rentabilité de nos filières» conduisait Fabrice Couturier à «exiger de nos décideurs, de la vision à long terme et des perspectives pour nos entreprises».
Une agriculture productive
«Beaucoup de nos responsables politiques se comportent comme s’ils avaient oublié que notre avenir, dans une vision ambitieuse, passe par une agriculture forte et des filières structurées, dynamiques, au service des revenus des agriculteurs», dénonçait le président de la Fdsea. Il rappelait pour justifier son propos, «l’épisode sanitaire de la crise Covid nous a tous interpellé. Mais la leçon est vite oubliée». Et il insistait sur, «le constat d’une agriculture productive qui a fait notre histoire et dont j’ai la profonde conviction qu’elle doit structurer l’avenir de notre société».
En échos au Grand Débat qui s’est déroulé un peu plus tôt dans la matinée, Fabrice Couturier affirmait, «je suis intimement convaincu du rôle central de l’alimentation dans la géopolitique. Les besoins agricoles jouent un rôle majeur à l’échelle de la planète et nous devons nous en préoccuper à tous les niveaux de l’organisation politique». Il justifiait ainsi le combat du syndicat majoritaire dans la défense du maintien de moyens de production.
Mobiliser les opportunités
«Notre combat pour la préservation de moyens de production, et par voie de conséquence, de notre productivité, restera une priorité de l’engagement de la Fdsea», martelait le leader syndical.
«Il est impératif que nous puissions produire en mobilisant toutes les opportunités permises par l’innovation». Ainsi, Fabrice Couturier refusait de voir l’agriculture «tourner le dos au progrès». Pour lui, «le seul chemin permettant, à la fois, d’assumer l’accroissement du risque lié à l’évolution du climat, et de rompre avec la stratégie mortifère de la décroissance».
Comme pour l’ensemble des intervenant de la matinée, le président de la Fdsea avait réservé une partie de son rapport d’orientation pour pointer du doigt la perte de compétitivité de l’agriculture européenne, «En témoignent l’effondrement de notre balance commerciale agroalimentaire et notre dépendance de plus en plus marquée aux importations pour nombre de productions alimentaires». Mais loin de lui l’idée d’un «immobilisme devant ce constat d’échec». «L’ambition que je veux partager avec vous ce matin s’exprime simplement : Il est essentiel d’assurer la rentabilité économique de nos exploitations». Et d’affirmer que «nos entreprises seront résilientes et transmissibles si elles permettent de vivre dignement et si le standard de vie des femmes et des hommes qui travaillent au quotidien dans les fermes reste en accord avec celui de la société qui nous entoure».
Des arguments
Dans une posture offensive, Fabrice Couturier fixait le cap de son rapport d’orientation, «dans la défense de notre métier, de nos revenus et de l’organisation des filières sur nos territoires, nous avons des arguments à faire valoir. Des arguments forts qui dépassent largement un point de vue strictement corporatistes». En premier lieu, la mesure des conséquences des évènements mondiaux sur le quotidien des concitoyens avec ce qui découle des chocs d’approvisionnement sur les économies nationales (ruptures de stocks, prix des énergies…).
Autre argument mis en avant, «nous devons aussi être les premiers ambassadeurs de la qualité sanitaire des productions agricoles nationales. La qualité de notre travail se mesure. Nos concitoyens peuvent en profiter tous les jours à chaque repas».
Fabrice Couturier mettait aussi les qualités des acteurs de la production en avant, «leur capacité à assimiler l’innovation et l’appétence des chefs d’entreprise agricole dans l’intégration des nouvelles technologies dans leur processus de production». Une façon d’enfoncer le clou de la pertinence d’un avenir pour une «agriculture inscrite dans le progrès et au service de la souveraineté alimentaire et énergétique de notre pays».



