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Inquiétudes sur la compétitivité du secteur agroalimentaire

«Nous produisons moins pour le marché intérieur. En conséquence, nous importons plus», a expliqué Yannick Fialip. Photo Actuagri
«Nous produisons moins pour le marché intérieur. En conséquence, nous importons plus», a expliqué Yannick Fialip. Photo Actuagri

Les services des douanes ont publié, le 6 février, leur bilan annuel commercial*. Tous biens confondus, la France accuse une balance commerciale négative de -69,7 milliards d’euros pour l’année 2025. Pour la première fois depuis la fin des années 1970, jamais le solde de la balance agroalimentaire n’avait été aussi bas.

Avec un excédent de seulement 200 millions d’euros (M€), le secteur agroalimentaire n’a, en 2025, que très peu contribué à combler le déficit commercial de la France avec le reste du monde. Ces 200 M€ restent très loin des excédents des dernières années : +6,3 milliards d’euros (Md€) en 2020, +8,2 Md€ en 2021, +10,3 Md€ en 2022, +6,5 milliards d’euros en 2023, +4,9 Md€ en 2024 ! Soit un repli de presque 100 % en seulement trois ans (2023-2025). L’an dernier, nos exportations ont progressé de +2,1 % pour atteindre 84,2 Md€.

Mais cette progression ne permet pas de compenser la hausse beaucoup plus forte de nos importations, de +8,4 % à environ 84,1 Md€. Déjà en début d’année dernière, les signaux étaient à l’orange pour l’agroalimentaire avant de passer au rouge vif en mai dernier : -432 M€, une première depuis un quart de siècle. Mais les mauvaises récoltes de céréales et les vendanges tout aussi pauvres de 2024, (utilisées en 2025, en France ou exportées) ont pesé dans la balance. «Nous produisons moins pour le marché intérieur. En conséquence, nous importons plus», a expliqué Yannick Fialip, président du Centre national pour la promotion des produits agricoles et alimentaires (Cnpa). Il parle de «décrochage» et constate avec amertume «le déclassement de la France parmi les grandes puissances exportatrices».

Entrée et cœur de gamme

La faiblesse du dollar par rapport à l’euro et les de droits douanes imposés par de nombreux pays comme la Chine et les États-Unis ont renchéri les prix des produits européens et français, en particulier sur les vins et spiritueux. «L’effet droits de douane s’est particulièrement vérifié au cours du second semestre 2025», a précisé Yannick Fialip. C’est ainsi que la filière cognac avait annoncé, une baisse de ses expéditions en volume de 15 % à 141 millions de bouteilles pour 2025, et un recul de son chiffre d’affaires de 2,24 milliards d’euros (-25 % en un an).

Une autre cause, plus structurelle celle-ci, est à mettre au débit de cette balance commerciale : la montée en gamme des produits agroalimentaires français, ce que certains ont appelé «la Vuittonisation de l’agriculture». «Cette montée en gamme a trouvé ses limites. Nous avons perdu d’importantes parts de marché sur l’entrée de gamme et le cœur de gamme. Il nous faut nous repositionner sur ces marchés», a plaidé Yannick Fialip. «Il faut y aller rapidement, au risque de disparaître», a ajouté Emmanuel Bernard, trésorier du Cnpa.

Le temps presse, car hors produits alimentaires, le solde agricole recule également pour la troisième année consécutive et devient déficitaire à -300 M€. «Il s’agit du niveau le plus bas depuis au moins l’an 2000. Le solde agricole n’avait été déficitaire qu’une seule fois auparavant sur la période, et de façon très modérée (-7 M€ en 2017)», soulignent les douanes. C’est pourquoi Yannick Fialip appelle «au sursaut» et à l’établissement d’un plan coordonné «et cohérent» a ajouté Emmanuel Bernard, pour relancer les exportations agricoles et agroalimentaires. Ce plan pourrait notamment s’articuler autour des gains de productivité et par le ciblage des marchés alternatifs, comme les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean).

(*) https://lekiosque.finances.gouv.fr/default.asp