Vous êtes ici

Coup de semonce, rue de la Passotte à Metz

Les agriculteurs de la Fdsea ont rapporté aux chasseurs un échantillon de cannes de maïs détruites par les sangliers. Photo Cédric Coillot
Les agriculteurs de la Fdsea ont rapporté aux chasseurs un échantillon de cannes de maïs détruites par les sangliers. Photo Cédric Coillot

La Fdsea de la Moselle est venue tirer la sonnette d’alarme devant le siège des chasseurs pour s’assurer qu’ils vont tout mettre en œuvre face à l’explosion des dégâts de sangliers.

Un convoi d’une dizaine de tracteurs et d’une vingtaine de manifestants de la Fdsea de la Moselle s’est rendu rue de la Passotte à Metz, le 26 septembre, devant le siège de la Fédération départementale des chasseurs (Fdc) et du Fonds départemental d’indemnisation des dégâts de sangliers de la Moselle (Fdids).

Une délégation d’agriculteurs et d’élus des cantons de Cattenom, Fontoy, Metzervisse et Vigy de la Fdsea de la Moselle a échangé avec Pierre Lang, président de la Fdc 57, et Patrick Bailly, président du Fdids 57.

Stéphane Fèvre, délégué chasse et Faune Sauvage du canton de Metzervisse, explique que la Fdsea vient alerter les représentants du monde de la chasse : «les battues vont commencer le 10 octobre. Cette année, nous avons tous constaté en moissonnant qu’il y avait des sangliers partout. Il faut absolument tirer les sangliers, sans quoi les dégâts vont continuer à exploser».

Des points noirs

Des communes se distinguent en matière de dégâts de sangliers, notamment dans le secteur de Metzervisse ou bien autour de la ville de Thionville, avec plusieurs dizaines d’hectares de dégâts cumulés. Jean-Baptiste Kaiser, secrétaire général adjoint de la Fdsea de la Moselle, demande au nom du monde agricole «à être intraitable avec les mauvais élèves chasseurs, ces derniers doivent être dans le viseur, il faut que les sangliers soient tirés». Pour le secrétaire général adjoint de la Fdsea, «il est entendable qu’il y ait du sanglier et un peu de dégâts, c’est compréhensible, on vit au milieu de la nature et les sangliers font partie de la faune sauvage. Mais là, trop c’est trop !».

Le président de la Fédération départementale des chasseurs, Pierre Lang, confirme le constat des agriculteurs : «à ce jour, avec plus de 1.200 hectares de dégâts, nous avons dépassé le bilan annuel 2024». Le représentant des chasseurs exprime son inquiétude face à cette montée des dégâts : «nous allons subir les conséquences du mauvais temps, si les maïs restent dehors quinze jours de plus, la facture des dégâts va doubler. Les dégâts dans les semis compromettent déjà la récolte 2026. Nous avons adressé une lettre à tous les chasseurs, il y a huit jours, pour les inciter à faire un maximum de tirs et lever toutes les conditions restrictives. Il faut pouvoir tirer tous les sangliers hormis la laie de tête, sans quoi les marcassins vont faire des dégâts dans tous les champs environnants. Et cela, sans limitation de nombre, de sexe ou de poids».

Il faut tirer les sangliers

La délégation de la Fdsea, face à cette situation alarmante, demande que tout le monde se retrousse les manches. Un agriculteur explique avoir proposé à son chasseur de transporter ses miradors pour lui permettre de chasser à l’affût.

Stéphane Fèvre demande que l’utilisation de la lunette thermique soit autorisée pour permettre de réduire plus efficacement les populations de sangliers. Pierre Lang indique avoir évolué sur le sujet et, comme il l’a déjà indiqué au préfet, il n’est plus contre la lunette thermique dans le cadre d’un usage réservé aux seuls sangliers.

À la question des mauvais chasseurs et des élevages de sangliers, Pierre Lang répond que face aux abus de certains chasseurs, la Fdc et le Fdids accompagnent la mise en place de directives pour des tirs administratifs. Des agriculteurs présents réagissent et demandent à ce que la réponse soit plus ferme, «des échanges de courriers ne suffisent plus».

Les estimations sources de conflits

Plusieurs agriculteurs regrettent «le manque d’impartialité des estimateurs qui sont juges et parties». Un exploitant s’interroge : «pourquoi un expert agréé dénombre le double de dégâts qu’un estimateur du Fonds ? Je conseille au Fdids d’acheter à chacun de ses estimateurs une paire de lunettes, un télémètre et une calculatrice». Mickaël Losson, président cantonal Fdsea de Vigy, demande un usage systématique du drone. En réponse, le président du Fdids indique : «notre but n’est pas d’escroquer qui que ce soit. Nous gérons l’argent des chasseurs, nous devons donc payer les dégâts à leur juste valeur. S’il y a parfois des difficultés avec des estimateurs, il faut faire remonter cela au Fonds et éventuellement faire une contre-expertise».

Un agriculteur interpelle Patrick Bailly sur le délai trop important pour le règlement complet des indemnisations. La réponse du Fonds, autour de son changement de système informatique et de la présence d’acompte, ne le convainc pas.

Pour une meilleure responsabilisation des chasseurs, Patrick Bailly réfléchit à modifier le système de taxation pour les chasseurs, dans la limite de ce que permet le Code de l’environnement. L’idée serait d’aller vers une sectorisation sur la base des 20 unités cynégétiques présentes en Moselle de façon à faire payer davantage là où il y a le plus de dégâts. Cette proposition sera débattue à l’assemblée du Fdids en janvier.

En fin de visite, Mickaël Losson avertit : «s’il n’y a pas d’évolution sur les secteurs à problèmes, nous reviendrons».