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Chambre d’agriculture de la Moselle : bilans et conjoncture

Stéphane Ermann a ouvert ses travaux à l’ensemble des organismes agricoles du département afin de pouvoir partager sur la conjoncture actuelle de l’agriculture mosellane. Photo Yannick Derhille
Stéphane Ermann a ouvert ses travaux à l’ensemble des organismes agricoles du département afin de pouvoir partager sur la conjoncture actuelle de l’agriculture mosellane. Photo Yannick Derhille

À l’occasion de la session de la Chambre d’agriculture de la Moselle, le président Ermann a invité l’ensemble des organismes professionnels agricoles du département pour présenter un premier bilan de la moisson et des récoltes fourragères avant d’échanger sur la conjoncture actuelle.

Stéphane Ermann a tenu à pouvoir échanger avec un maximum d’organismes agricoles, mais aussi bancaires à l’occasion de la session de la Chambre d’agriculture de rentrée qui se tenait le 12 septembre à Metz. Ce format plus ouvert a permis de donner la parole aux représentants des coopératives, des centres de gestion ou encore des banques pour confronter les différents points de vue quant à la moisson et la récolte de fourrages de 2025, mais également pour évoquer la conjoncture économique tant pour les éleveurs que pour les céréaliers.

Des rendements au rendez-vous

En première partie de la séance publique de la session de la Chambre d’agriculture, Aurélie Backes, technicienne au service agronomique, a fait un tour d’horizon de la campagne au niveau climatique avant de présenter les rendements en s’appuyant sur un groupe de 19 exploitations suivies en gestion de parcelles.

Les faits les plus remarquables sont notamment la chaleur enregistrée sur la campagne 2024-2025 qui est la quatrième année la plus chaude depuis 2003 avec 196 degrés de plus cumulés que sur la période 2005-2024. Au niveau de la pluviométrie, même si la situation a pu être hétérogène au niveau du département, il faut retenir notamment un automne très pluvieux, un printemps très sec qui a précédé un mois de juillet fortement arrosé, ce qui a retardé la moisson. Au final, avec 635 mm de pluie, cette campagne se situe en dessous de la moyenne de 2003-2024.

Aurélie Backes a présenté la répartition des cultures dans l’assolement des dix-neuf exploitations en gestion de parcelles, qui met en évidence un léger recul des cultures d’hiver (- 3 %), un doublement des surfaces en orge de printemps et une baisse des surfaces en tournesol.

Pour les différentes cultures, les rendements se sont globalement bien tenus avec une moyenne à 75,52 q pour les orges d’hiver, troisième meilleure année depuis 2011, 35,37 q en colza, quatrième meilleure année depuis 2010 et 76,12 q en blé, ce qui est supérieur à la moyenne des quinze dernières années (72,3 q/ha). Concernant les orges de printemps, le rendement moyen s’établit à 62,8 q par hectare et le pois à 45,8 q, soit près de 10 q de plus que la moyenne des dix dernières années.

Première approche économique

À l’issue de la présentation des rendements, la technicienne de la Chambre d’agriculture a évoqué quelques repères économiques, avec notamment des charges stables qui s’expliquent par une baisse du prix de l’azote et une hausse des engrais de fonds. Les marges brutes 2025 approchent de la moyenne avec des prix basés sur le mois d’août, ces résultats seront à revoir en fonction de l’évolution des prix des céréales. Seul le colza tire véritablement son épingle du jeu dans ce panel de dix-neuf exploitations.

Philippe Dessertenne, directeur de Lorca, a confirmé les tendances de rendements mais a tempéré au niveau des marges brutes, rappelant que pour les deux dernières campagnes, elles restent relativement faibles, notamment pour les exploitations céréalières qui souffrent. Plusieurs représentants d’organismes agricoles s’inquiètent des cours des céréales, «les rendements sont bons, mais la parité €/$, la guerre en Ukraine et les charges et taxes perturbent fortement la possibilité de dégager une bonne marge».

Dominique Sautré, président de la Msa Lorraine, est intervenu pour présenter les différentes possibilités de prises en charge de cotisations sociales. Pour notre Msa, cela représente une enveloppe de 1,1 million d’euros qui peut être mobilisée sur les difficultés financières, les intempéries et l’élevage. Les demandes sont à déposer pour le 3 octobre.

Le président de Cerfrance confirme les inquiétudes pour les céréaliers qui connaissent la troisième baisse consécutive avec un Ebe au plus bas par rapport aux allaitants et aux laitiers qui connaissent une amélioration par rapport à la campagne précédente. Il est rejoint dans ses propos par le président du Cefigam qui s’inquiète par rapport aux prochaines campagnes pour les éleveurs. Il faut être prudent par rapport à un marché qui peut se retourner mais également par rapport à la Msa et aux impôts des prochaines campagnes. Le recours à des outils tels que la Dep peut être une solution.

Des fourrages satisfaisants

Arnaud Gresset, chef de service élevage à la Chambre d’agriculture, a poursuivi par une présentation des récoltes de fourrages. Bien que les rendements en herbe soient inférieurs à 2024, ils sont de bien meilleure qualité, et avec les stocks de report de la campagne précédente, cela permet d’équilibrer. Les ensilages d’herbe présentent une baisse de l’ordre de 20 à 30 % pour des récoltes d’avril à mi-mai. Les foins baissent de 20 % mais la pousse d’herbe a connu deux temps d’arrêt consécutifs aux coups de chaud en juin et en août, qui ont engendré des affouragements au parc. Les ensilages de maïs révèlent des situations très hétérogènes qui s’expliquent par les périodes de semis mais également par des pluies suffisantes en période de floraison.

Les rendements devraient être corrects au niveau du département. Arnaud Gresset conclut son intervention sur un état des lieux du cheptel mosellan qui décroit de 4.361 bovins pour une baisse de 35 éleveurs et de 2.109 ovins par rapport à la campagne précédente.

Suite à ce focus sur l’élevage, les réactions sont communes quant à l’avenir de l’élevage en Moselle. L’inquiétude est forte concernant la décapitalisation consécutive à la Fco, mais c’est également l’avenir du métier d’éleveur qui interroge. Même si les cours des bovins sont au rendez-vous, l’élevage ne fait pas rêver les jeunes, les conditions de travail n’attirent pas, avec des semaines de 80 heures. Stéphane Ermann estime que «l’agriculture a raté un virage, la société est passée à la semaine des 35 heures quand l’agriculture est restée au double. Il faut changer de modèle et s’orienter vers des installations 35 heures et également s’attaquer au problème du recrutement de main-d’œuvre».

Situation sanitaire

Rabah Bellahsene, directeur de la Ddpp, a présenté un point de situation sanitaire pour le département de la Moselle. Après avoir rappelé que la Moselle était l’un des départements les plus touchés par la Fco en 2024, il a exposé des chiffres bien plus rassurants avec deux nouveaux cas connus pour le sérotype 3 au 11 septembre depuis juin. Concernant le sérotype 8, aucun nouveau cas n’est détecté en Moselle. Les sérotypes 1 et 12 restent cantonnés à l’Espagne et aux Pays-Bas pour le moment.

La Mhe a bien ralenti avec la barrière vaccinale et n’a connu que deux nouveaux cas en France depuis juin, tout comme la Dnc qui se stabilise à 78 foyers dont un nouveau au 8 septembre dans l’Ain. Le directeur de la Ddpp rappelle que plus de 220.000 bovins ont été vaccinés dans la zone réglementée, ce qui représente plus de 90 % des effectifs. Il conclue son intervention en évoquant les dossiers de demandes d’aide à la vaccination qui sont instruits et dont le paiement devrait arriver en automne.

Soutien à l’agriculture Mosellane

Magaly Tonin, qui représentait le président Weiten, a rappelé son vif intérêt pour l’agriculture avant d’énumérer les différents défis sur lesquels le département sera aux côtés des agriculteurs : le renouvellement des générations, l’accès au foncier et notamment en viticulture, l’adaptation aux crises mondiales avec la structuration de filières locales et la diversification ou encore le maillage territorial des vétérinaires. Madame Tonin a également assuré tout son soutien au président de la Chambre d’agriculture quant aux assises de l’agriculture, annoncés quelques jours plus tôt lors d’une conférence de presse.

En conclusion des travaux, Pascal Bolot, préfet de la Moselle, a, lui aussi, assuré de tout son soutien Stéphane Ermann par rapport aux assises de l’agriculture. Il a rappelé son apprentissage accéléré de l’agriculture du département depuis son arrivée en mai, et a affirmé que si la levée de certaines contraintes pour les agriculteurs étaient de son ressort, il n’hésiterait pas à agir. Il a assuré que les services de l’État mettent tout en œuvre pour un paiement des acomptes Pac au 16 octobre, tout comme pour le versement de l’aide Fco de FranceAgriMer qui représente 3,2 millions d’euros pour 482 dossiers en Moselle. Concernant la recrudescence des dégâts de sangliers pour lesquels il a été interpellé durant les travaux, le préfet s’est engagé à regarder les moyens supplémentaires pouvant être mis en œuvre tels que la lunette thermique ou encore le piégeage.

Pascal Bolot a insisté sur la nécessité d’avoir un œil sur les agriculteurs les plus sensibles, ceux que l’on ne voit pas en réunion, et a demandé au président de la Chambre d’agriculture de booster la cellule Réagir pour ne pas laisser d’agriculteurs au bord du chemin.