Après la grande manifestation de Bruxelles le 18 décembre, la Fdsea et les Jeunes Agriculteurs ont rallumé les feux de la colère en Moselle. Une dizaine d’actions se sont déroulées sur tout le territoire, la semaine dernière avant un grand rassemblement à Metz ce lundi 12 janvier.
Il y a longtemps que Metz n’avait pas connu une telle démonstration de force du monde agricole. Les tracteurs se sont déplacés depuis toute la Moselle le matin du 12 janvier. Ils étaient 250 à se positionner, aux alentours de midi, autour de la préfecture après avoir traversé la ville depuis quatre points de rassemblement en périphérie.
Mais ce ne sont pas seulement les agriculteurs des réseaux Fdsea et Ja qui s’étaient mobilisés. À l’appel de Fabrice Couturier, les coopératives céréalières et d’élevage, assureurs, banquiers et associations de gestion et de comptabilité se sont associés sous la bannière «esprit de filières» promue par le président de la Fdsea. Tour à tour, ils ont exprimé, devant les centaines de manifestants réunis sur la place de la Comédie, leur solidarité.
Esprit de filières
«Le monde agricole, c’est d’abord l’unité» clamait François Schmitt pour Groupama. «Les règles qu’on nous impose pénalisent notre compétitivité», pointait Edmond Claiser, président de Lorca. La coopération laitière partageait son inquiétude, «nos prix sont à la baisse», constatait Laurent Welter pour la Freiwald, et Jean-Luc Jacobi, président d’Unicoolait revendiquait «l’unité du syndicalisme» pour affronter «une nouvelle crise laitière». Et pour asseoir l’analyse d’une profession inquiète, les deux présidents des centres de gestion prônaient «la réalité des chiffres». «Il nous manque 400 euros de chiffre d’affaires» pour couvrir les charges selon Stéphane Sindt. Et pour Marc Schlemer, «tout invite à la plus grande prudence dans les investissements». Même si, «les acquis de la Fnsea en matière de fiscalité agricole ne doivent pas être négligés». Il été rejoint en cela par le président de la Fdsea réclamant «d’urgence le vote d’une loi de finances pour concrétiser en euros dans les cours de ferme les différentes mesures attendues, pour certaines depuis maintenant deux ans».
Des revendications
«Depuis deux ans, nous alertons sans relâche, l’agriculture française et européenne avance sans cap, sans vision», condamne Julien Viville. «Les discours se succèdent, mais la réalité reste inchangée. Les exploitations souffrent, les revenus s’effondrent, et l’avenir de notre souveraineté alimentaire s’éloigne», a plaidé le président de la Fdsea devant le préfet de Moselle descendu rejoindre les manifestants.
Sur les banderoles et slogans tagués en tête de fourche des tracteurs, comme dans les propos des présidents de la Fdsea et des Ja en tribune, l’accord commercial avec le Mercosur attise la colère.
«Nous refusons la signature de l’accord Mercosur, qui menace nos exploitations, nos filières et nos territoires». «Cet accord ouvrirait la porte à des produits ne respectant ni nos normes sanitaires, ni nos exigences environnementales, ni notre système social», fustige Fabrice Couturier. Le préfet Bolot évoquera devant les manifestants «l’éventualité» de «voir prospérer une saisine de la cour de justice européenne». Une démarche entreprise par plus de 150 parlementaires européens et qui vise à enrayer le processus poussé par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
Autre sujet crispant pour la profession agricole, la prochaine programmation de la Pac. «Nous exigeons un budget de la Pac constant et intégrant l’inflation depuis la dernière programmation», martèle le président de la Fdsea, qui demande également «la suppression pure et simple du mécanisme carbone aux frontières».
Les anciens exploitants de la Fdsea s’étaient aussi mobilisés, revendiquant au travers des propos de Fabrice Couturier, «des pensions dignes».
Les tracteurs n’avaient pas encore repris le chemin des fermes que le président de la Fdsea lançait, depuis la tribune de la préfecture, un nouveau mot d’ordre d’action syndicale le mardi 20 janvier à Strasbourg. Le combat continue.



