Les acteurs de l’emploi et du social se sont réunis pour réfléchir ensemble à la meilleure façon de mettre en relation les personnes éloignées de l’emploi et les entreprises agricoles en recherche de main-d’œuvre.
Jeudi 30 octobre, dans le cadre du salon Agrimax, une conférence a été organisée par la Frsea Grand Est, l’Anefa et la Cpre sur le thème, « inclusion en agriculture, mythe ou réalité ? ».
François-Étienne Mercier, président de Vivéa Grand Est et vice-président de la commission emploi formation de la Frsea Grand Est, qui animait la conférence, explique que cette rencontre doit permettre « de savoir comment, demain, l’agriculture pourra être davantage inclusive ».
Comme le rappelle le président de la Frsea Grand Est, Fabrice Couturier : « il y a des besoins énormes en agriculture. Il faut renforcer l’information et la séduction auprès de nombreux publics pour les attirer vers le salariat agricole ».
Milieu protégé ou ordinaire ?
Le représentant de la Direction régionale de l’économie et de l’emploi du travail et des solidarités (Dreets), Pascal Leybros, fait un point sur le monde de l’inclusion : « l’insertion par l’activité économique (Iae) est la première démarche pour lutter contre l’exclusion de personnes qui ont rencontré des difficultés dans leur parcours de vie ». L’objectif de cette insertion, par des associations ou des entreprises, est de préparer le passage du monde de l’emploi protégé vers le milieu ordinaire.
Les autres salariés concernés par la problématique de l’inclusion sont ceux ayant la reconnaissance de travailleurs handicapés. Des structures permettent aux salariés en situation de handicap de travailler en milieu protégé comme les établissements ou services d’aide par le travail (Esat). Pour les personnes les plus autonomes, elles peuvent intégrer ou être maintenues dans le milieu ordinaire en bénéficiant d’un accompagnement spécifique.
Pour Pascal Leybros, les entreprises agricoles proposent des métiers d’une grande variété, ancrés dans les territoires avec un côté pratique et réel qui sont particulièrement adaptés à ce public.
Différentes structures accompagnent les publics prioritaires vers l’emploi ou le maintien en emploi en milieu ordinaire.
Cap emploi conseille les personnes en situation de handicap (qu’elles soient salariées ou employeurs) sur le recrutement et le maintien en emploi. L’Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées (Agefiph) finance des aménagements dans le milieu de travail pour les personnes en situation de handicap qui en ont besoin. L’opérateur de compétences Ocapiat accompagne les employeurs sur la montée en compétence de leurs salariés. Le réseau Laser Emploi, crée en 2002 à l’initiative de la Ccmsa qui regroupe des associations et des entreprises d’insertion qui œuvrent spécifiquement dans le milieu agricole partout en France.
Besoins de formation
La formation ressort comme un facteur clé pour la réussite de l’inclusion des personnes éloignées de l’emploi ou en situation de handicap.
Stéphanie Kis, présidente de la commission formation professionnelle de la Région, indique que le Conseil régional, les services de l’État et France Travail se mobilisent pour aider les publics prioritaires (demandeurs d’emploi longue durée, séniors, travailleurs handicapés, attributaires des minima sociaux) à trouver une formation et une voie professionnelle. La Région mobilise 90 millions d’euros sur cet objectif de montée en compétences au travers de différentes actions. La représentante régionale voudrait que : « le milieu agricole comprenne que l’insertion par l’activité économique constitue un bon réservoir de main-d’œuvre ».
Le Centre de formation d’apprentis (Cfa) du campus agricole Courcelles-Chaussy compte 416 apprentis dans les domaines de l’agriculture, du paysage et de l’agroéquipement. Sylvain Prévot, directeur du Cfa, explique que le campus agricole a mis en place, depuis une vingtaine d’années, une structuration de l’accompagnement des élèves en situation de handicap.
Des jeunes motivés
Marine Caddéo, référente handicap au Cfa de Courcelles-Chaussy, dirige le service « santé, vie sociale et handicap » qui regroupe sept accompagnants d’apprenants en situation de handicap. Quarante-et-un apprenants sont suivis, représentant environ 10 % des effectifs du Cfa. Vingt-neuf élèves sont employés dans le secteur privé et douze en collectivité. Les accompagnants s’assurent de la maîtrise des cours et des consignes. Un suivi spécifique est fait dans les entreprises, avec la mise en place d’aménagements quand c’est nécessaire.
Malgré les difficultés de chaque apprenant, Marine Caddéo observe « des élèves très motivés, appréciés dans les entreprises, qui ont réussi leur examen en juin dernier à plus de 89 % ». Ce service répond aussi aux élèves à besoins particuliers, accompagnant au global 21 % des apprenants sur 12 niveaux de formation allant jusqu’au Btsa.
Le président de la Commission paritaire régionale emploi (Cpre), Joseph Lechner, a conclu les travaux en rappelant que l’agriculture est un secteur en tension, aux besoins de main-d’œuvre importants et croissants : plus de 18.000 postes en Cdi sont à pourvoir en Grand Est. Pour l’élu de la Cpre, les entreprises agricoles doivent saisir cette opportunité de main-d’œuvre éloignée de l’emploi ou en situation de handicap pour qu’elle rejoigne leurs équipes.




