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Viande bovine : Stop à la baisse des prix

Les représentants des éleveurs, des organisations économiques de la filière viande bovine et de l’abatteur lors de la rencontre du 19 mai à Metz. Photo C. Niedercorn
Les représentants des éleveurs, des organisations économiques de la filière viande bovine et de l’abatteur lors de la rencontre du 19 mai à Metz. Photo C. Niedercorn

Les éleveurs s’insurgent contre la perte de valeur qu’ils subissent depuis plusieurs semaines. Dans le collimateur des agriculteurs, les abatteurs dont ils démontent les arguments commerciaux.

 

C’est dans un contexte de baisse brutale des prix que la Fédération Nationale Bovine (Fnb) a mobilisé sont réseau. «En quelques semaines seulement, les éleveurs ont vu la valeur de leurs animaux s’effondrer, avec des pertes allant de 200 à 350 euros par bovin», dénonçait le président de la Fnb Patrick Bénézit le 19 mai à l’occasion d’une action coup de poing dans un magasin parisien.

Le même jour, la section bovine de la Fdsea 57 avait sollicité une entrevue avec Christophe Elie, directeur de l’abattoir de Charal Metz. «Nous avons pris la décision en Bureau de la Fdsea de porter le message de la Fnb auprès d’un acteur majeur de la filière en Moselle», explique Christophe Niedercorn, président de la section bovine de Moselle.

«Nous avons sollicité les Ja57 ainsi que l’Apal’ et Lorca Élevage pour nous accompagner lors de cette rencontre», rapporte l’élu professionnel. «Un représentant de chaque structure était bien présent, et de son côté, l’abatteur avait invité le responsable Grand Est de la société Bigard».

Forte pression

«De nombreux adhérents de la Fdsea nous ont sollicités témoignant de la forte pression à la baisse exercée sur le prix de nos animaux de boucherie par les abatteurs», dénoncent les représentants de la section bovine de la Fdsea. «Aussi, il était important pour tous les apporteurs de la filière d’échanger sur le sujet avec le principal abatteur du département de la Moselle», justifie Christophe Niedercorn.

Après une rapide présentation de l’abattoir par le directeur du site de Metz, la question principale est venue sur la table : «pourquoi une telle baisse de prix sur nos animaux ?», questionnent les éleveurs. Et de faire l’inventaire des constatations remontées par les adhérents de la Fdsea. «De moins 10 à moins 15 cts par semaine depuis plus d’un mois», «des Jb qui ont perdu quasiment 1 € du kg» et «des vaches enlevées avec moins 50 à 70 cts suivant la catégorie».

Face aux chiffres mis sur la table, Christophe Elie livre plusieurs explications. En premier lieu, il évoque «la baisse de consommation liée à une trop forte inflation», «les gens consomment plus de poulet ou du porc, moins cher». Il illustre son propos en annonçant une baisse de 3,7 % des abattages sur Metz depuis le 1er janvier 2026.

Christophe Elie dénonce aussi, «de la viande étrangère moins chère qui arrive chez les grossistes», ce qui «diminue nos débouchés». Enfin, le représentant de Charal évoque «des stocks en abattoir qui freinent les abattages et allongent les délais d’enlèvement en ferme».

Divergences d’analyse

Pour la Fdsea et la Fnb, «les pertes liées à la Fco, évaluées à environ 300.000 naissances de veaux en moins et la décapitalisation, moins 2,5 % par an, ont contribué significativement à raréfier l’offre de viande bovine et fait monter les prix en 2025». Aujourd’hui, «la disponibilité reste limitée sur le marché, une situation qui doit soutenir les prix en 2025».

Autre argument opposé à ceux du directeur de Charal, «l’export en broutards vers l’Espagne et l’Italie reste dynamique sur avril contrairement à ce que l’on veut nous faire croire et il n’y a pas plus de stocks d’animaux que d’habitude en ferme».

Pour ce qui est de la demande sur le marché de la viande bovine, les éleveurs reprennent les données de l’interprofession, «d’après Interbev, la consommation reste stable».

Au regard des fondamentaux du marché, Christophe Niedercorn tire les conclusions. «Nous demandons avec nos collègues présents que la baisse des prix s’arrête». Autre exigence des éleveurs, «la contractualisation des Jb doit systématiquement prendre en compte des coûts de production pour garantir un prix au producteur et aussi à l’abatteur, une solution pour sécuriser ses appros». «Nous avons besoin l’un de l’autre», a admis Christophe Elie.

Pour la Fdsea et les Ja57, «une juste rémunération des éleveurs est nécessaire pour pouvoir vivre dignement de notre métier, investir dans nos outils de production et permettre l’installation de nos jeunes éleveurs», «sinon c’est la mort de l’élevage français et la porte ouverte à la viande du Mercosur qui ne respecte pas nos critères de production», préviennent les élus professionnels.

L’approvisionnement de la Restauration hors domicile (Rhd) a également été abordé. Tous s’accordent sur le constat d’une «diminution de consommation de viande de bœuf en lien avec l’évolution des prix». Et de citer l’exemple «malheureusement, jusqu’à deux repas sans viande par semaine dans certaines cantines».

Autre constat partagé lors de cette rencontre, «la part du Label rouge diminue également dans les débouchés». Est évoqué «le surcoût lié au cahier des charges qui pénalise la rentabilité de la filière, avec un différentiel de prix insuffisant pour rémunérer les efforts de la filière par rapport au marché traditionnel».

«Le message a été passé» affirme Christophe Niedercorn. «Nous ne pouvons pas supporter une pression plus importante sur les prix à la baisse, notre métier a un prix».

Et pour se projeter, le responsable de la section bovine de Moselle alerte, «les broutards achetés cette année à 2.500 € ne peuvent pas être abattus sous le seuil des 7,50 €/kg, sinon c’est la fin de l’engraissement des Jb et bon nombre d’éleveurs vont arrêter».

 

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