Dans un contexte de baisse de la consommation, la filière veau française lance une campagne européenne d’information et de communication axée sur la durabilité.
Les familles professionnelles du veau de boucherie comptent mettre en avant les progrès réalisés en matière de durabilité pour conforter une filière discrète mais essentielle à l’écosystème agricole français. C’est, en tout cas, l’ambition affichée par la campagne européenne d’information et de communication cofinancée par l’Union européenne qui sera déployée pendant les trois années qui viennent en France, en Belgique et en Italie. «La viande de veau de boucherie repose sur un modèle de production spécifique et vertueux», a martelé Gilles Gauthier, le président de la Commission veau d’Interbev, à l’occasion de la présentation de cette campagne pilotée par l’interprofession française aux côtés de ses partenaires hollandais.
La filière soulignera notamment les travaux en cours pour améliorer la composition des aliments d’allaitement afin de «réduire l’impact de la formule d’aliment» en intégrant «davantage de coproduits» et en réduisant les besoins énergétiques ; mais aussi pour diminuer les déchets en favorisant la livraison d’aliments en vrac ; ou encore pour mesurer les usages de consommation d’eau au travers du programme Enviroveau.
Les professionnels insisteront encore sur les actions menées pour réduire l’usage des antibiotiques «sans compromettre la santé des animaux». Pour y parvenir, les 2.000 éleveurs français -produisant à 90 % en intégration- privilégient la prévention, avec des pratiques renforcées en matière d’hygiène, de biosécurité ou encore de vaccination, ont insisté les représentants de la filière. «Nous explorons aussi le recours à des médecines complémentaires et alternatives, comme les huiles essentielles», a témoigné Christelle Ribourdouille, de la Fédération nationale bovine, éleveuse dans les Côtes d’Armor. Des efforts payants puisque le niveau d’exposition aux antibiotiques a été divisé par deux (-50,6 %) entre 2013 et 2024 et que le nombre de traitements par veau a fortement diminué (-46,7 %), tout comme leur durée (-22 %).
Contexte délicat
La filière mettra également en avant la variété de ses débouchés et sa contribution à une économie circulaire. «Si 55 % de la masse du veau sont utilisés à des fins alimentaires humaines (viande et produits tripiers), 43 % sont en effet utilisés pour de nombreuses autres applications parfois insoupçonnées», a détaillé Gilles Gauthier : «cuir, alimentation pour animaux de compagnie, gélatine, graisse alimentaire substitut à l’huile de palme, graisse destinée aux biocarburants, biomasse, industrie pharmaceutique, etc.». L’élevage et la transformation du veau de boucherie sont également indispensables à l’équilibre de la filière laitière, ont rappelé les professionnels.
La production de veaux de boucherie permet, en effet, de valoriser les veaux mâles issus des exploitations laitières, qui représentent plus de 60 % des veaux de boucherie, tandis que, près de 70 % de la ration des veaux est issue de coproduits de l’industrie laitière (poudre de lait, lactosérum). Enfin, la fabrication de fromages repose sur l’utilisation de la présure, un ingrédient essentiel extrait de la caillette du veau.
Cette campagne s’inscrit dans un contexte délicat pour la filière. La consommation de viande de veau -propre à la France et dans une moindre mesure à l’Italie et la Belgique-, a reculé de 7 % entre 2012 et 2022, et la production -527.000 tonnes en 2025- peine également à se maintenir. «La filière souffre notamment de la baisse du cheptel laitier et du renchérissement des jeunes veaux», indique Johan Lodetti, le président du Syndicat de la vitellerie française (Sdvf). «Avec la hausse des charges, c’est un coût qu’il faut pouvoir répercuter en aval, de manière à trouver un équilibre pour tout le monde», poursuit le dirigeant.



