Jeudi 12 février, les éleveurs laitiers de la Fdsea ont été conviés par Dominique Bouché, président de la section lait, à une réunion visant à faire le point sur la conjoncture actuelle. Yohann Barbe, président de la Fnpl, a pris la parole pour expliquer le prix du lait actuel, les inquiétudes de la filière et les travaux mis en place au niveau national pour défendre la filière.
La production laitière française affiche une nette progression, avec une collecte en hausse de 5,9 % en novembre 2025 par rapport à novembre 2024, soit le niveau le plus élevé pour ce mois depuis 2017. La hausse du cumul sur 12 mois glissants s’élève, quant à elle, à 1,5 %.
Malgré cette hausse de collecte, la baisse structurelle du cheptel laitier sur un an se poursuit. «Sur une année, une baisse de 2,5 % d’animaux laitiers a été observée. L’augmentation de la productivité des animaux compense la décapitalisation. Pour le nombre de naissances, cela se stabilise, même si l’Ouest connaît une baisse due à l’épidémie de Fco que nous avons connue l’année passée», complète Dominique Bouché.
Des prix français qui résistent… pour combien de temps ?
L’indice Ipampa, qui mesure les charges d’alimentation et de main-d’œuvre, affiche une légère baisse de 1,4 % par rapport à novembre 2024, marquant une détente récente des coûts de production. Cette amélioration contraste cependant avec une hausse structurelle de 28 % depuis 2017, illustrant la pression persistante sur les coûts.
Côté revenus, la marge des producteurs (Milc) recule de 26 €/1.000 litres sur un mois, même si elle reste en hausse de 45 €/1.000 litres par rapport à 2024. Un signe d’une conjoncture globalement correcte, mais fragile.
En Europe, le prix moyen du lait s’établit à 547 €/1.000 l, en baisse de 6 % sur un an. La France s’en sort un peu mieux que certains voisins, avec des niveaux proches de l’Allemagne en conventionnel. «Mais sur la durée, l’écart reste défavorable pour nous, producteurs français», rappelle Dominique Bouché. La proximité avec l’Allemagne fait la particularité de notre département : une éleveuse collectée par une laiterie allemande s’inquiète du prix actuel, déjà bas, et qui risque de devenir très bas.
Une dépendance croissante aux importations
Autre point d’inquiétude évoqué par Yohann Barbe lors de la réunion : la montée des importations. En dix ans, les volumes importés ont progressé de 20 %, pour atteindre plus de 7 milliards de litres équivalent lait, soit près de 30 % de la collecte française.
Dans le même temps, la consommation en grande distribution reste stable, tandis que les industries agroalimentaires et la restauration hors domicile tirent la demande, souvent en s’approvisionnant à l’étranger.
Perte de confiance envers les industriels
Par ailleurs, les valorisations industrielles du beurre et de la poudre ont reculé fin 2025, ce qui pourrait peser sur les prix du lait dans les mois à venir. En effet, les coûts de transformation, qui avaient explosé ces dernières années, ont été revus à la baisse dans d’autres pays, mais pas en France malgré les demandes. Cela ne crée pas de climat de confiance avec les industriels. À ce jour, l’indicateur beurre-poudre ne fait toujours l’objet d’aucune publication par le Cniel. La Fnpl a ainsi saisi le médiateur des relations commerciales pour enfin arriver à un consensus. La Fnpl a également demandé au médiateur de conduire une réflexion sur la transparence des mix produits utilisés par les transformateurs laitiers dans les formules de prix.
Le prix du lait ne peut pas s’expliquer par une simple surproduction, comme certains voudraient le faire croire. «Pendant des mois, les industriels ont réclamé plus de matière, plus de volumes. Et aujourd’hui, ils nous expliquent qu’ils ne peuvent pas la transformer. Ce discours ne tient pas», dénonce Yohann Barbe. Pour le responsable syndical, la réalité est ailleurs : les transformateurs privilégient des approvisionnements à l’étranger, à la recherche permanente du prix le plus bas, au détriment du lait français. Face à cette situation, la Fnpl défend une ligne claire : reconquérir le marché intérieur et recentrer les efforts sur la consommation nationale. Si la loi Egalim a permis d’apporter une certaine sécurisation, les perspectives restent tendues. «Les six prochains mois s’annoncent compliqués pour les producteurs. Il faut remettre de la cohérence dans la filière et redonner de la valeur au lait français», insiste Yohann Barbe.



