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Un seul combat : le prix et le revenu

Pour Céline Imart propose «l’agriculteur doit avoir une assurance sur la transparence du prix qu’on va lui payer, et une visibilité à moyen terme». Photo DR
Pour Céline Imart propose «l’agriculteur doit avoir une assurance sur la transparence du prix qu’on va lui payer, et une visibilité à moyen terme». Photo DR

«Garantir le revenu par la production et la transformation en France : un pari gagnant ?». Tel était le thème de la principale table ronde de l’assemblée générale de la Fédération nationale des producteurs de lait qui s’est tenue fin mars à Paris.

Si les éleveurs laitiers ont pu, en 2025, tirer un revenu relativement correct, «c’est parce que nous avons pu valoriser nos vaches de réforme. Les plus-values retirées représentent 40 % de la hausse de nos revenus», a indiqué le président de la Fnpl, Yohann Barbe, en préambule de la table ronde. Cependant, la situation risque de ne pas perdurer car en ce début d’année, les prix restent très volatils et la crise énergétique ambiante rend «nos coûts de production imprévisibles», a-t-il ajouté.

Il est vrai que la guerre Iran-États-Unis pèse sur le prix du Gnr, sur celui du gaz et donc des engrais qui en dépendent. «Il faut aussi scruter le comportement des consommateurs qui en période de crise font des arbitrages et l’on perçoit déjà un affaiblissement de la consommation alimentaire sur les produits laitiers», a souligné Thierry Pouch, chef économiste aux Chambres d’agriculture France.

Un marché à terme laitier ?

À cette donnée conjoncturelle, se greffent deux données structurelles. Premièrement : la décapitalisation du troupeau laitier, divisé par dix depuis 1980, mais dont la productivité dans le même temps a été multipliée par dix ; et deuxièmement, un outil industriel inadapté qui peine à conquérir des parts de marché sur l’entrée de gamme et les produits annexes (beurre-poudre). Faut-il s’inspirer du modèle de la filière oléagineuse qui s’est construite, dans les années 1980, dans un contexte de crise similaire à celui que connaît le secteur laitier aujourd’hui ? Le directeur de la stratégie et du développement du groupe, n’est pas loin de le penser, demandant de «s’impliquer dans le partage de la valeur et dans le partage des risques» mais aussi, en prenant une dimension internationale «pour avoir un même niveau de compétitivité». «Il faut aussi avoir une vision partagée sur les enjeux communs», a-t-il soutenu.

Le prix et le revenu ne pourront être au rendez-vous qu’au «prix d’une structuration de la filière», a insisté la députée européenne Céline Imart, appelant à la contractualisation et à la transparence pour avoir «une chaîne de valeur solide». Elle propose «de casser la dynamique actuelle dans laquelle les éleveurs ne dépendent souvent que d’un seul acteur. L’agriculteur doit avoir une assurance sur la transparence du prix qu’on va lui payer, et une visibilité à moyen terme», a-t-elle ajouté. «L’organisation de la filière et la gouvernance restent des facteurs de compétitivité», selon Thierry Pouch, qui a tancé l’inaction des pouvoirs publics incapables de conserver à la France sa place de deuxième exportateur mondial toutes catégories agroalimentaires confondues*.

La piste d’un marché à terme laitier, comme il en existe pour quelques grandes cultures (blé, maïs, colza…) a été évoquée. «Une fois qu’ils existent, l’agriculteur, l’opérateur, peut protéger sa marge pour les six mois, un an, deux ans», a affirmé Alexandre Gohin, économiste à l’Inrae. Pour lui, une meilleure liquidité sur le marché beurre-poudre pourrait sécuriser les industriels et pourrait alléger les tensions dans la négociation du prix du lait, «surtout que l’absence de marché à terme pénalise les petits transformateurs», a-t-il dit. Le président de la Fnpl est resté assez dubitatif sur cette opportunité : «Sur un marché à terme, il faut un metteur en marché et un acheteur. Sur le lait liquide, ça risque d’être compliqué», a-t-il rétorqué. L’idéal serait qu’une organisation nationale de producteurs (comme il en existe au Québec, ndlr) puisse négocier directement avec Lactalis. «Mais ça, c’est dans un monde idéal. On doit continuer à construire le prix et donc notre revenu autour des coûts de production», a-t-il conclu, donnant rendez-vous en Aveyron au mois de mars 2027 pour le 83e congrès de la Fnpl.

(*) La France est tombée à la 6e place.