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Les vaches laitières face au stress thermique

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Lundi 4 mai, l’Institut de l’Élevage (Idele) et ses partenaires, le Cniel et l’Inrae, ont fait le point sur la question du stress thermique, ses conséquences et les leviers d’action à mettre en œuvre dans les troupeaux de vaches laitières.

Le changement climatique affecte de plus en plus les systèmes d’élevage, avec des vagues de chaleurs récurrentes qui ont des effets directs, notamment sur les vaches laitières. En effet, la plage de confort thermique des vaches se situe entre 2 et 15 °C. De plus, elles s’adaptent plus facilement à des températures froides que chaudes. «Les vaches sont capables de réguler leur température corporelle. Lorsque ce n’est plus le cas, elles sont en stress thermique. Une vache laitière a trois façons de limiter l’hyperthermie. Par convection : son rythme cardiaque et le temps passé debout augmentent, et son flux sanguin est redirigé vers les extrémités. Par évaporation, à travers la transpiration et le halètement. Et en réduisant la production de chaleur interne : par le biais d’une diminution d’ingestion, de production laitière et d’activités physiologiques», explique Élise Vanbergue, cheffe de projet santé animale à l’Idele.

Des indicateurs visibles à l’œil nu

Le premier réflexe lors d’une vague de chaleur est d’examiner le comportement des troupeaux. Le score de halètement est un des indicateurs de stress thermique observable à l’œil nu. «En fonction de l’ouverture de la bouche, de la salivation, de la position du coup, de la tête et de la langue, nous pouvons évaluer l’inconfort de l’animal. Le score se mesure sur une échelle de zéro à quatre», précise Élise Vanbergue. «Des vaches qui fuient le rayonnement solaire, en se regroupant autour des arbres et des abreuvoirs, ou encore une faible présence à l’auge, sont des indices qui peuvent alerter l’éleveur», poursuit Bertrand Fagoo, chef de projet au sein du service Capteurs-Équipements-Bâtiments de l’Idele.

Il est également possible d’utiliser des indicateurs qui reflètent les conditions environnementales des animaux. «Le plus connu est le Temperature Humidity Index (Thi) qui prend en compte la température et l’humidité. Il renvoie différents niveaux de stress thermique. Lorsqu’il est inférieur à 68, cela signifie qu’il n’y a pas de stress, et à partir de 72, le stress commence à être problématique », explique Bertrand Fagoo.

Conséquences sur le comportement et l’ingestion

En 2022, la ferme des Trinottières, située près d’Angers, a suivi un lot de vingt-quatre vaches laitières. L’objectif était de caractériser les différentes réponses d’adaptation des animaux à une vague de chaleur naturelle. «Pendant la période chaude, nous observons une augmentation de leur température corporelle de 0,3 à 0,4 °C. Face à ce stress, elles ont passé plus de temps debout, ce qui a diminué leur temps de repos d’en moyenne 15 min/j. Leur niveau de halètement a également augmenté, de 80 mvts/min, sachant que le rythme respiratoire confortable est inférieur à 60 mvts/min», présente Élise Vanbergue.

Le stress thermique a aussi impacté la prise alimentaire des vaches. «Nous constatons une réduction du temps d’ingestion de 35 min/j. Par conséquence, le temps de rumination est, lui aussi, impacté. De même que la production laitière, qui a baissé d’environ 1 kg/j. Baisse qui persiste après la vague de chaleur», souligne-t-elle. La cheffe de projet évoque également l’hétérogénéité des réponses adaptatives parmi les vaches laitières. «Celles qui rencontrent le plus de difficultés pour réguler leur température sont celles qui produisent le plus de matière et qui sont de plus grand gabarit», précise-t-elle.

Une production laitière affectée

L’Idele a conduit un second essai, en 2025, engageant cette fois-ci cinquante vaches laitières. «Les résultats révèlent que lors du stress thermique, la production laitière décroit en deux temps, d’environ 3,5 kg de lait. Une première baisse en début et une seconde en fin de période chaude. De plus, après la période de stress, la production de lait ne revient pas au niveau initial. Ces baisses sont corrélées, en partie, au stade de lactation, et à l’ingestion qui diminue en moyenne de 3 kg Ms», signale Julien Jurquet, responsable de projets alimentation et nutrition des vaches laitières.

À l’échelle nationale, une baisse des quantités de matières grasses et protéiques est observée lorsque le Thi augmente. De même qu’une hausse du score de cellules somatiques qui implique un risque plus élevé de mammites cliniques. «Dans le cadre du projet Robustesse au stress thermique (RobuSt), nous avons observé une diminution du taux protéique (Tp) du lait de tank et une légère hausse du taux d’urée. En revanche, nous n’avons rien vu concernant le taux butyreux (Tb) et le profil en acide gras du lait», indique Marine Gelé, chargée de projet qualité lait. L’altération de la qualité du lait peut s’expliquer par une restriction alimentaire mais n’en est pas la seule cause.

Une baisse de fertilité

Les performances de reproduction, observées entre 2010 et 2020, se dégradent à partir d’un Thi de 60. «Le taux de conception décroit de 2 à 8 % en condition de stress thermique modéré», précise Roxane Vallée, ingénieure agronome de l’Idele.

À l’échelle française, le taux de non-retour (Tnr) à la première insémination artificielle (Ia) a été suivi en élevage laitier entre 2009 et 2021. «L’automne 2023 a particulièrement été marqué par une chute du Tnr de 4 %, atteignant les 52,6 %. Cette baisse peut s’expliquée par une transition alimentaire compliquée. En effet, la récolte 2022 ayant été relativement mauvaise et celle de 2023 tardive, certains élevages ont eu du mal à faire la jonction entre les deux récoltes fourragères, ce qui a pu entraîner des conséquences sur la réussite des inséminations. De plus, des températures particulièrement élevées ont été enregistrées au cours du mois de septembre», évoque Julien Jurquet.

Par ailleurs, il arrive parfois que certaines vaches ovulent mais n’exprime pas un comportement de chaleurs. Il s’agit d’ovulations silencieuses, aussi appelées chaleurs discrètes. Une étude a été menée à la ferme expérimentale de Derval, en Loire-Atlantique, sur soixante-quinze Prim’Holstein. «Les ovulations silencieuses ont été caractérisées grâce à un dosage de progestérone du lait et les chaleurs exprimées grâce à des colliers activimètres. En condition neutre, 22 % des ovulations sont silencieuses, et augmentent avec le Thi. Ainsi, en stress sévère, 45 % des chaleurs sont discrètes», souligne Julien Jurquet. En plus de favoriser les chaleurs silencieuses, un stress thermique semble impacter leur fertilité. «Deux-cent-six ovulations ont été concomitantes à une Ia. La fertilité des chaleurs exprimées est de 49 % dans notre étude, tandis que celle des chaleurs silencieuses est de 31 %, soit 18 % de moins. Ainsi, le type de chaleurs a un effet significatif sur la fertilité», ajoute-t-il.

Retrouvez, dans notre prochaine édition, les leviers à activer pour améliorer le confort des vaches laitières en période

Le halètement peut être mesuré par des observations simples. 		            Source : Idele
Le halètement peut être mesuré par des observations simples. Source : Idele