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L’élevage français au pied du mur

Entre 2024 et 2025, la production a continué de diminuer en viande bovine. Photo Actuagri
Entre 2024 et 2025, la production a continué de diminuer en viande bovine. Photo Actuagri

Les prix élevés ne suffisent pas à relancer la production. Les coopératives proposent des solutions.

«Malgré une situation économique globalement favorable, les filières d’élevage françaises perdent du terrain», ont alerté les dirigeants du pôle animal de La Coopération Agricole (Lca), le 13 mai à Paris. Grâce à des prix en forte hausse (doublement en viande bovine en cinq ans), les revenus des éleveurs ont nettement progressé entre 2020 et 2024 : +43 % en volaille de chair, +41 % en viande bovine, +35 % en viande porcine (-18 % toutefois en ovin, en raison de problèmes sanitaires selon Lca). Problème, l’élevage semble ignorer ce signal-prix positif. Entre 2024 et 2025, la production a continué de diminuer en viande bovine (-2,6 %) et en viande ovine (-2,9 %). Dans les viandes blanches, un léger rebond est certes observé (+0,7 % en porc, +1,7 % en volaille), mais il ne suffit pas à satisfaire la hausse de la consommation (+2,7 % et +3,8 % respectivement).

«Plus aucune filière n’est autosuffisante», résume Bruno Colin, président du Pôle animal et de la section bovine de Lca. Pour repartir de l’avant, les coopératives d’élevage avancent quantité de propositions, transversales ou sectorielles. Philippe Bizien, président de la section porcine, et Bernard Tauzia, président de la section aviculture, réclament, avec Lca, la simplification et la sécurisation des procédures pour les bâtiments d’élevage, objets de «recours qui se multiplient contre les projets des éleveurs». Dans le cadre du projet de loi d’urgence agricole en préparation, les coopératives demandent ainsi la mise en place d’un «régime réglementaire spécifique à l’élevage» qui permette notamment une accélération des dossiers.

Au niveau européen, Lca en appelle à une révision de la directive sur les émissions industrielles (Ied) qui doit entrer en application en 2030. À défaut, «elle condamnera 60 % de nos élevages de porcs familiaux en raison de contraintes d’investissements et administratives disproportionnées».

Des objectifs chiffrés

Les coopératives d’élevage, instruites des épizooties majeures de ces dernières années, entendent, par ailleurs, mettre l’accent sur «l’anticipation sanitaire» grâce à l’élaboration de plans de lutte pour les maladies émergentes ou à la création de banques d’antigènes pour disposer rapidement de vaccins. Elles suggèrent également une modernisation des outils de traçabilité des animaux.

Alors que les boucles d’identification électroniques fonctionnent en ovin depuis quinze ans, «cela fait 20 ans qu’on en parle en bovin…», regrette Bruno Colin. Mais la principale ambition de sa filière, c’est de créer au moins 50.000 nouvelles places d’engraissement, de stabiliser le cheptel de vaches allaitantes (l’élevage bovin a perdu 1,2 million de vaches en dix ans), et d’accompagner la reprise des cheptels. «Dans un contexte de hausse des taux d’intérêt et d’augmentation des besoins financiers des éleveurs, les coopératives ont atteint les limites de leur capacité de financement sur leurs fonds propres», assure Lca, qui revendique une «implication renforcée des banques» et un «soutien fort de l’État» : cautions ou garanties publiques, financements préférentiels, mesures fiscales incitatives aux cédants…

En viande ovine, les coopératives se fixent comme objectif de produire 500.000 agneaux de plus d’ici à 2035, de sorte à combler la moitié du déficit actuel. Pour ce faire, François Monge, président de la section ovine de Lca, mise sur un accompagnement technique renforcé des élevages, soutenu par les pouvoirs publics, qui permette une amélioration de la productivité. Et pourquoi pas une aide couplée à la production en faveur de la nouvelle Pac ? «C’est en discussion avec la Fédération nationale ovine». Dans la filière porcine, les coopératives entendent accompagner la création ou la reprise de 80 élevages par an pour maintenir le potentiel de production (98 % d’autosuffisance en 2025). En volaille, il en faudrait 330 par an pour répondre à une demande toujours plus élevée. Plus de la moitié du poulet consommé en France en 2025 avait été importée.