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Le défi de l’adaptation au changement climatique

La gestion des effluents (48 %) et l’alimentation (48 %) qui constituent les principaux postes des Ges pour les porcs. Photo Actuagri
La gestion des effluents (48 %) et l’alimentation (48 %) qui constituent les principaux postes des Ges pour les porcs. Photo Actuagri

Le Syndicat national des industries de l’alimentation animale (Snia), La Coopération agricole nutrition animale (Lca-Na) et L’Association des fabricants de compléments pour l’alimentation animale (Afcacial) ont organisé, fin janvier à Paris, une journée de rencontre.  Les discussions ont, notamment, porté sur le changement climatique.

Combien l’élevage pèse-t-il sur le climat ? Quelles stratégies pour atténuer et adapter ? Avec quels impacts ? Telles sont les questions auxquelles les experts ont tenté de répondre dans les débats, parfois techniques, qui ont rythmé l’après-midi des Rencontres de la Nutrition animale.

Pour planter le décor, David Renaudeau, directeur de recherche à l’Inrae, a rappelé que «l’élevage est responsable, sur le plan mondial, de 15 % des émissions de gaz à effet de serre (Ges) notamment en méthane (Ch4) et protoxyde d’azote (N2O)». «Près de la moitié de ces 15 % sont liées à l’alimentation animale», a-t-il ajouté.

En France, l’élevage, dans sa globalité, représente 60 % des Ges de l’agriculture, «dont 90 % sont attribuables aux filières ruminants». Cependant, cette problématique diverge selon le type d’élevage : en bovins lait (51 %) et viande (55 %) la majorité des émissions sont liées à la rumination. À l’inverse, c’est la gestion des effluents (48 %) et l’alimentation (48 %) qui constituent les principaux postes des Ges pour les porcs. Les Ges des volailles proviennent surtout de l’aliment (63 %).

De surcroît, ces animaux doivent et devront faire face aux évolutions du changement climatique et ses conséquences. La hausse des températures et des précipitations, la répétition des épisodes extrêmes, mais aussi l’apparition de nouvelles épizooties, vont «modifier le comportement alimentaire des cheptels», a insisté le chercheur.

Ainsi, en cas de fortes températures, l’animal se nourrit moins pour réguler sa chaleur corporelle et par conséquent perdra du poids, ce qui réduira ses performances et sa rentabilité et in fine, le revenu de l’éleveur. Le changement climatique peut aussi impacter les récoltes qui servent à l’alimentation animale.

«Travail de longue haleine»

«Les sécheresses ont un impact sur la qualité des matières premières et sur les formulations de l’alimentation animale» a confirmé Matthieu Chatillon, directeur Innovation & Rse chez Avril, spécialités animales. Le changement climatique affecte les principes actifs des plantes qui peuvent modifier elles-mêmes leur propre composition, «ce qui impacte la disponibilité des mélasses et des amidons incorporés dans cette alimentation», a renchéri Daniel Planchenault, responsable technique chez Dsm-Firmenich.

L’objectif est, bien sûr, de pouvoir réduire le méthane entérique chez les ruminants, sans réduire le cheptel. En termes de stratégies d’atténuation pour la filière ruminants, plusieurs leviers existent : la génétique, la conduite du troupeau, qui peut être efficace (10 à 20 % de réduction de Ges) en réduisant l’âge du premier vêlage, en favorisant les «carrières longues», en augmentant la durée des lactations.

Enfin, il est aussi possible de jouer sur la ration elle-même et les additifs. En termes d’adaptation, il est possible d’activer le levier bâtiments d’élevage pour les rendre plus performants : conditions de logement, aération, gestion des abreuvoirs… À quelques nuances près, les solutions sont reproductibles en les adaptant aux monogastriques. «Et l’intelligence artificielle peut aider à mieux formuler l’alimentation animale», a exposé David Renaudeau.

D’autres solutions existent pour réduire l’empreinte carbone des élevages à l’image de l’agriculture régénératrice, des programmes comme Boviwell, Cap2er, la réduction des emballages, le développement énergies vertes, la valorisation des coproduits, etc. «Il sera nécessaire de combiner l’ensemble de ces solutions. Mais c’est un travail de longue haleine», se sont accordés les intervenants.

Il restera ensuite à en évaluer le coût, réaliser les investissements et savoir qui devra supporter leur poids tout le long de la chaîne alimentaire. Mais c’est un autre sujet.