La Fédération nationale des producteurs de lait (Fnpl) a brossé, le 21 février, un état des lieux de la filière lait en France. Ses responsables ont dégagé deux priorités : d’une part, lutter contre les épizooties et les zoonoses et, d’autre part, mieux valoriser le prix du lait.
Sur le volet sanitaire, le président de la Fnpl, Yohann Barbe espère que «l’épisode de la Dermatose nodulaire contagieuse (Dnc) est désormais derrière nous», a-t-il déclaré sur le Salon de l’agriculture, le 21 février. Il a exhorté les pouvoirs publics à anticiper les futures crises pour que la France conserve son statut indemne. «En conséquence, il faut que le ministère de l’Agriculture dispose d’un stock stratégique de vaccins, à hauteur de 4 millions de doses minimum», a-t-il précisé. L’éleveur laitier vosgien a également invité la France et l’Union européenne à revoir leur protocole pour les maladies à éradication (dont la Dnc fait partie), même s’il est conscient que cet aggiornamento ne s’effectuera pas en un claquement de doigt. «Il faudra au minimum trois ans pour que l’Europe valide une telle révision», a-t-il dit.
Les éleveurs laitiers veulent en fait assouplir les règles pour conserver les capacités d’exportation de leurs produits, comme il est possible de le faire en cas de tuberculose. Dans ce dernier cas, le lait est alors pasteurisé ou thermisé, le lait cru et les fromages qui en découlent étant interdits d’échanges internationaux. Mais l’un des soucis majeurs est «la perte de collecte de lait en cas d’abattage partiel, car les industriels rechignent à collecter le lait», a souligné Ludovic Blain, premier vice-
président de la Fnpl. Pour lui, il faut aussi revoir les analyses sanguines que ce soit sur les épizooties ou les zoonoses, «afin de mieux détecter les animaux asymptomatiques», ces porteurs-sains qui véhiculent la maladie avant de la développer.
«Poker-menteur»
L’autre priorité de la Fnpl est de parvenir à reporter la bonne année de 2025 en 2026. «L’année dernière a été favorable. Nous avons bien valorisé notre lait et notre viande, mais l’année 2026 s’annonce compliquée parce que les industriels n’ont pas assez investi pour absorber la hausse de production», a souligné Yohann Barbe. «L’Allemagne a su moderniser son outil industriel pour absorber plus de lait», a ajouté Stéphane Joandel, secrétaire général de la Fnpl, qui a pesté contre l’incapacité de la France à développer sa production.
«Sur les vingt dernières années, le volume de lait français a augmenté de +4 %, quand l’Allemagne a fait +19 %, l’Italie +27 %, les Pays-Bas +34 %, la Belgique +44 %, la Pologne +56 % et l’Irlande +80 %, avec un aval performant», a-t-il précisé. Pour Yohann Barbe, «on n’est clairement pas sur la même dynamique», et il n’est pas question pour le président de la Fnpl d’entendre parler de baisse de prix du lait. Le syndicat des éleveurs a constaté que certains opérateurs privés avaient payé, en janvier, les 1.000 litres de lait 50 à 70 euros de moins qu’au mois de décembre, «passant ainsi sous les coûts de production».
Les représentants des grandes enseignes en sont conscients et font pression auprès des transformateurs (coopératives et industriels) pour négocier les prix des produits laitiers à la baisse. «Il faut arrêter cette partie de poker-menteur, car les intérêts de la filière dans son entier sont à préserver», a martelé Yohann Barbe, qui ne veut pas entendre parler de produits laitiers étrangers à négocier avec les grandes surfaces : «en France, on négocie pour des produits français». Marie-Andrée Luherne, vice-présidente de la Fnpl, invite d’ailleurs l’ensemble de la filière, à travers l’interprofession (Cniel) à mieux identifier et privilégier les produits laitiers français à travers un étiquetage clair : «lait collecté et transformé en France».



