Pas question pour les éleveurs de rester la seule variable d’ajustement dans la chute des cotations orchestrée par le leader de la filière viande bovine. Les éleveurs du Grand Est se sont mobilisés à Metz pour répondre au mot d’ordre de la FNB.
Ils sont venus de Meurthe-et- Moselle, de la Meuse, du Bas-Rhin et des Vosges pour rejoindre les éleveurs mosellans devant l’abattoir Charal à Metz.
Dès Potron-minet, la Fdsea et les Ja de Moselle ont mis en place une action de blocage de l’entreprise du groupe Bigard à Metz. Ils seront une centaine dans le milieu de matinée pour faire entendre leurs revendications.
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux le 25 juillet, le président de la FNB, Patrick Bénézit, a appelé les éleveurs à se mobiliser devant des abattoirs du groupe Bigard. Les leaders de l’association spécialisée de la Fnsea exigent «la fin de la chute des prix des bovins viande».
Menée de concert avec la Fnsea et les Ja, la mobilisation a donc débuté tôt dans la matinée du mardi 28 juillet.
Mot d’ordre de la Fnb
Douze sites d’abattage du groupe Bigard sont effectivement visés, «dans les Côtes-d’Armor, la Vendée, l’Orne, la Sarthe, le Maine-et-Loire, l’Allier, les Pyrénées-Atlantiques et le Nord», selon Christophe Niedercorn, président de la section bovine en Moselle et administrateur de la Fnb. Il précise, «dans l’Est, nous bloquons Bigard dans la Marne, la Côte-d’Or, la Saône-et-Loire et Metz».
Les syndicats dénoncent depuis plusieurs mois une baisse des prix «injustifiée», d’abord au printemps sur les vaches et jeunes bovins engraissés en France, puis plus récemment sur les broutards.
Au-delà de Bigard, leader hexagonal de l’abattage, le message de la Fnb s’adresse à «tous les maillons de la filière» prévient Christophe Niedercorn.
Depuis la tribune improvisée devant l’entrée du site d’abattage à Metz, les élus professionnels ont appelé à «stopper la baisse» et à «reprendre les hausses», alors que les charges des éleveurs «explosent» et qu’ils ont «une sécheresse à affronter». Pour dérouler l’argumentaire des éleveurs, se sont relayés dans les prises de paroles devant les manifestants et les micros tendus des médias, les responsables des sections bovines départementales. Christelle Troncy de la Meurthe-et-Moselle, Yohan François de la Meuse, Philippe Boehmler du Bas-Rhin, Julien Marugier des Vosges et Christophe Niedercorn, le local de l’étape, pour la Moselle.
Tous réclament «l’arrêt immédiat de la baisse des prix» et attendent de voir «les cotations repartir à la hausse».
Sur le fonds du dossier, ils dénoncent «l’attitude irresponsable de certains opérateurs» et condamnent «un double discours». «On ne peut pas afficher un plan de souveraineté au Salon de l’agriculture, promettre de stopper la décapitalisation et d’engraisser davantage en France, puis baisser les prix quelques mois plus tard», fulmine un éleveur arrivé sur le site dès 4 heures ce matin.
Disponibilités faibles
«Les éleveurs refusent d’être la variable d’ajustement d’une filière qui tient un double discours. Alors que les disponibilités en animaux sont historiquement faibles et que chacun affirme vouloir préserver la souveraineté alimentaire, certains opérateurs, en particulier le leader, continuent de casser les prix», analyse le président de la Frsea Grand Est, Fabrice Couturier.
Un propos que confirment les indicateurs de la situation du marché de la viande bovine. Avec un cumul de consommation de janvier à mai 2026 calculé à - 0,6 % par les services de l’Institut de l’Élevage, la Fnb décrit «une consommation qui tient». Dans le même temps, selon les chiffres des douanes françaises, les importations de viande bovine ont baissé de 1 %, soit un recul de 129.000 tonnes équivalent carcasse par rapport à la même période de 2025. Et c’est moins 5 % par rapport à 2024.
Pas d’embouteillages non plus du côté des sorties de jeunes bovins. Sur les 29 premières semaines de 2026, l’écart entre les sorties attendues et les sorties constatées est de l’ordre d’une semaine d’abattages selon l’Institut de l’Élevage. Et si l’export de vifs ralentit, «c’est par manque de disponibilités» explique la Fnb qui s’inscrit en faux concernant une rumeur qui voudrait que «les exports de vifs soient à l’arrêt». «Tous animaux vifs confondus, sur juin-juillet, encore 100.00 têtes ont été exportées vers l’Italie, c’est stable par rapport à 2025». La Fnb estime même que «70 à 100.000 broutards femelles vont manquer pour l’export au second semestre 2026», et de conclure que «le marché est équilibré». Il n’y a pas de raison valable pour que les cotations soient orientées à la baisse selon les syndicats agricoles qui condamnent «un holdup de l’aval». Une situation d’autant plus «inacceptable» pour les éleveurs qui constatent des charges orientées «à la hausse». L’Interprofession calcule une variation des coûts de production de l’ordre de 7,5 % sur un an.
Avertissement
Pour entendre les arguments portés par la profession agricole, le directeur de l’abattoir est venu au contact des manifestants. Christophe Élie n’a pas souhaité répondre aux questions des médias présents. Mais il va sans doute relayer la teneur de l’ambiance du site de Metz ce 28 juillet. «L’appel d’aujourd’hui est un avertissement», prévient Philippe Boehmler, membre du Bureau de la Fnb. «S’il n’y a pas de changement de doctrine chez cet opérateur qui pèse plus de 50 % des abattages en France, nous reviendrons plus fortement».
«Si on ne peut pas construire l’avenir de la filière avec la visibilité qu’attendent les éleveurs, je l’ai dit au directeur de Charal, nous devrons ressortir». La rentrée s’annonce tendue, sauf à constater «le signal fort» qu’attendent FNB, FNSEA et JA.
Du côté des JA, on insiste sur les dangers de la chute des cours pour la dynamique d’installation. Jonathan Nondier, président de JA57, et son responsable viande, Grégory Bruyère, soulignent le besoin de visibilité «comment projeter de s’installer dans ce contexte économique de baisse des cotations qui s’ajoute aux aléas climatiques et après une année marquée par une crise sanitaire sans précédent».
Le président de la Frsea Grand Est s’est attaché à rappeler les fondamentaux d’un syndicalisme de filière, «avec des acteurs qui gagnent leur vie dans un partage équitable de la valeur ajoutée». Il s’est aussi adressé aux consommateurs en élevant le débat de l’avenir de l’élevage en France. «Consommer de la viande devient un acte militant, au-delà de la préservation de cette filière avec l’économie qu’elle permet dans les territoires», il pointait du doigt «les zones de déprise d’élevage qui brûlent dans le sud de la France. Là où le pastoralisme a disparu, se sont les friches qui ont colonisé l’espace rural avec les conséquences que l’on déplore».



