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CONSOMMATION DE VIANDE : Le paradoxe français

Une carcasse de poulet sur deux consommée sur le territoire  (52 %) provient désormais de l’étranger. Photo Actu
Une carcasse de poulet sur deux consommée sur le territoire (52 %) provient désormais de l’étranger. Photo Actu

En 2025, la consommation de viande en France a progressé de 1,3 %, atteignant 85,7 kg par habitant et par an. Pourtant, derrière ce rebond se cache une fragilité pour la production nationale : les importations bondissent de 5 % et couvrent désormais plus d’un tiers de la demande intérieure.

Selon les dernières données de FranceAgriMer et d’Agreste, les Français ont consommé, pour la deuxième année consécutive, davantage de viande, avec une hausse globale de 1,3 % en 2025, après une progression de 2,3 % en 2024. À 85,7 kilos équivalent-carcasse (kgec) par habitant, le niveau de consommation retrouve son étiage de 2016, s’éloignant du point bas de 2023 marqué par une inflation galopante. Mais ce dynamisme global est trompeur pour les producteurs locaux : il est porté par des segments où la souveraineté alimentaire française s’effrite et xpar un report massif vers les produits les plus accessibles, souligne l’étude.

Plus de viandes importées

La dualité du marché s’accentue. D’un côté, la viande de boucherie stagne (+0,3 %), sauvée uniquement par le dynamisme de la filière porcine. De l’autre, la volaille poursuit son ascension irrésistible avec une hausse de 3,3 % en 2025. Désormais, le poulet et le porc règnent sans partage sur les assiettes, affichant des niveaux de consommation quasi identiques, à environ 31,5 kgec par habitant. Pour la filière bovine, le constat est amer : avec 20,1 kgec par habitant, la consommation de bœuf chute de 3 % et atteint un plus bas historique. Le mouton et l’agneau suivent la même pente descendante, avec un recul marqué de 5,9 %. Cette évolution des modes de consommation profite largement aux exportateurs étrangers. En 2025, les importations ont progressé de 5,0 %, portées par un besoin massif en viande de poulet (+9,9 %). Le seuil de dépendance devient critique : les produits importés représentent désormais 35 % de la consommation totale de viande en France. La situation est particulièrement frappante pour le poulet, dont plus d’une carcasse sur deux consommée sur le territoire (52 %) provient désormais de l’étranger. Pour la viande ovine, ce taux grimpe même à 62 %. Seul le porc, bien qu’en hausse de 3,9 % à l’import, maintient une base nationale plus solide avec 29 % d’approvisionnement extérieur.

Le prix en arbitre

L’analyse des comportements d’achat des ménages explique en partie ce recours accru aux importations. Si la consommation hors domicile se développe, les achats pour le foyer restent stables (-0,3 % en volume). Le facteur prix est devenu le principal arbitre des choix de consommation. En 2025, les prix des viandes bovine (+8,5 %) et ovine (+9,7 %) ont flambé, entraînant une chute brutale des volumes achetés par les foyers, respectivement de -7,4 % et -12,2 %. À l’inverse, le porc a bénéficié d’un recul de ses prix de 1,4 %, ce qui a permis une progression de 1,7 % des quantités achetées à domicile. Le salut, pour une partie de l’industrie, semble résider dans les produits élaborés et la charcuterie. Alors que la viande fraîche traditionnelle recule, les produits panés, les saucisses et les viandes marinées tirent leur épingle du jeu. Les achats de produits élaborés de boucherie ont rebondi de 1,5 %, tandis que les élaborés de volaille ont progressé de 3,6 %. Même le jambon cuit, porté par une baisse de prix de 3,5 %, a vu ses volumes de vente augmenter de 1,7 %.

Ce glissement vers le «transformé», souvent plus dépendant de matières premières découpées et standardisées, favorise mécaniquement les flux d’importations au détriment des filières de viande fraîche de qualité, pilier historique de l’agriculture française.