La défense du revenu des producteurs de viande est une longue histoire pour cet éleveur bovin de Meurthe-et-Moselle qui vient d’être élu à la présidence d’Elvea France. «Apporter des solutions depuis les cours de fermes jusque dans les filières», voilà le credo de Stéphane Peultier.
Stéphane Peultier est loin d’être un novice dans le paysage des organisations professionnelles du Grand Est.
Son engagement débute naturellement par le militantisme au sein des Ja. Il accèdera à la présidence de son département au début des années 2000, et prendra en charge le dossier viande bovine chez Ja Grand Est. Un centre d’intérêt qui conduira le jeune éleveur à intégrer l’association d’éleveurs départementale, l’Apal, en avril 2002 en qualité d’administrateur stagiaire. Il y milite déjà pour la rémunération des éleveurs. «L’interprofession avait un formidable outil, Lorraine Qualité Viande, qui a fait ses preuves particulièrement durant le terrible épisode d’Esb. J’ai travaillé à le compléter pour améliorer la rémunération des producteurs». Il va gagner la confiance de ses pairs et débuter son premier mandat de «président de l’Asso» en mars 2011.
On retrouve Stéphane Peultier à la Fdsea 54, «avec quatre années à la vice-présidence où j’ai travaillé avec Gérard Renouard et Laurent Paquin». Il siège actuellement à la Chambre régionale d’agriculture, «mon quatrième mandat» et toujours le même cheval de bataille, «la rémunération de l’éleveur», «que l’on parle de la vente des animaux ou de tous les services rendus par l’élevage à notre territoire».
Répartition de la valeur
Motivé par «la promotion d’actions concrètes pour son territoire», le périmètre de l’association d’éleveurs va s’avérer la structure idéale pour développer les idées portées par Stéphane et ses équipes. Aux côtés du conseil d’administration, vingt-trois salariés permettent de mettre en œuvre les actions promues «auprès de tous les acteurs de l’élevage». Le président revendique, «un rôle d’interlocuteur clairement identifié, organisé à l’échelle administrative des collectivités, dont la Région Grand Est».
Dans le panel des initiatives qu’il revendique, sa préférence va à «la première tripartite signée en France pour la viande bovine».
Un contrat tripartite est un contrat qui implique producteur, transformateur et distributeur. Ces trois acteurs se mettent autour de la même table et fixent les conditions du contrat et, notamment, la rémunération de l’éleveur selon ses coûts de production. La négociation tourne donc autour de la répartition de la valeur et de la sécurisation des débouchés en amont et de l’approvisionnement en aval. Nous sommes en 2017, l’enseigne Lidl s’inscrit dans cette stratégie novatrice pour le secteur. En neuf ans, «17.500 animaux sont passés dans le dispositif avec une plus-value pour les éleveurs de 2,97 millions d’euros» se félicite le président de l’Apal.
«Aujourd’hui, la démarche implique 180 magasins sur le Grand Est, pour 35 bêtes par semaine abattues dans la région». «Toutes les enseignes se sont vus proposer ce principe qui répond à une attente». Et de citer «Leclerc, Carrefour, Match, Intermarché, Auchan ou Système U», avec les démarches “Lorraine Qualité Viande”, les labels, Blanc Bleu Cœur ou encore Blason Prestige pour les boucheries traditionnelles.
Quant aux clefs de la réussite de la démarche, Stéphane Peultier explique, «nous sommes porteurs de l’histoire de nos produits et les consommateurs souhaitent une information sur les modes de production de ce qu’il y a dans leurs assiettes», «et éventuellement si l’éleveur est bien rémunéré».
Si les résultats sont aujourd’hui au rendez-vous, le patron de l’Apal se souvient qu’il aura fallu «beaucoup de conviction pour construire, y compris dans les rangs des éleveurs pour qui la distribution fait figure d’épouvantail».
Réunis en Conseil national le 25 juin dernier, les trente-sept associations d’éleveurs du territoire national fédérées au sein d’Elvea ont porté Stéphane Peultier à leur présidence. Il succède à Philippe Auger qui a fait valoir ses droits à la retraite après douze années à la tête de cette section de la Fédération Nationale Bovine (Fnb).
Pour cette mandature qui s’ouvre (2026-2029), le nouvel élu ambitionne «avec la nouvelle équipe représentative des terres d’élevage», «d’apporter des solutions aux attentes de mes collègues». Même si Stéphane Peultier peut revendiquer neuf années à la vice-présidence d’Elvea, il sort d’une tournée des régions où il est allé au contact des associations régionales qui composent son réseau.
Faire essaimer les expériences réussies dans le Grand Est s’avère une évidence, mais «dans les priorités d’action pour le mandat à venir, il y a urgence à appréhender les difficultés apparues dans la mise en œuvre d’Egalim, et en particulier sur le maigre qui ne trouve pas d’interlocuteur pour contractualiser». Stéphane va donc «prendre son bâton de pèlerin et faire quand c’est possible, sur la base du volontariat, en connaissance de ce qui se passe dans les territoires». Entendez par là, «la nécessité de se rapprocher un peu plus de la fédération des commerçants».
Externalités positives
Autre dimension de son mandat, «travailler à la reconnaissance des externalités positives de l’élevage». «Nous sommes des faiseurs de paysages», martèle le président d’Elvea, qui regrette la façon dont «les éleveurs sont injustement stigmatisés». «Nous devons travailler à maintenir l’acte de production sur nos territoires pour répondre aux attentes des consommateurs et valoriser ce que permet la présence de l’élevage et de l’herbe qui l’accompagne», explique Stéphane Peultier.
«Nous avons déjà commercialisé 84.000 tonnes de crédit carbone», justifie le président de l’Apal. Il prévient, «chaque fois qu’une vache disparaît, c’est une perte économique pour le territoire».
Polyculteur-éleveur dans le Grand Est
Stéphane Peultier s’est installé en 1996 sur l’exploitation familiale à Pierreville (54) où il sera rejoint en 2008 par Cédric Bednareck, installé hors cadre familial. Aujourd’hui, le Gaec des Acajous valorise 120 hectares d’herbe avec un troupeau de Salers (troupeau inscrit) en système naisseur-engraisseur. S’y ajoutent 80 hectares de cultures de vente typiques des systèmes de polyculture-élevage du Grand Est, où la rotation des cultures est diversifiée au service de l’autonomie alimentaire. La main-d’œuvre est complétée par un poste de salarié à temps plein.



