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Les cultures fourragères estivales

La vesce velue et la vesce commune, toutes deux utilisées lors des essais ont été exposées au Salon de l’herbe. Photo DR
La vesce velue et la vesce commune, toutes deux utilisées lors des essais ont été exposées au Salon de l’herbe. Photo DR

Le 20 mai dernier, lors du Salon de l’herbe et des fourrages à Poussay, l’institut de recherche Arvalis, a animé une conférence sur les cultures fourragères estivales, à récolter ou pâturer, comme levier face au changement climatique.

Pour pouvoir s’adapter au changement climatique, de nouvelles cultures fourragères peuvent être envisagées. Carole Gigot, ingénieur régional fourrage chez Arvalis, a présenté les résultats et les itinéraires techniques de ces nouvelles possibilités telles que : le lablab, le cowpea, le teff grass et un panel de sorghos.

Les cultures

Le manque d’eau, ainsi que les pics de chaleur en période estivale, font que la pousse de l’herbe est impactée. Les probabilités futures sur les chaleurs dans la région Grand Est entre 2041 et 2070 sont une hausse de 1,7°C ainsi que vingt-deux jours de chaleurs supplémentaires par an, contre dix aujourd’hui.

Au niveau de la courbe de croissance de l’herbe, l’évolution probable est un creux profond et plus long sur la période estivale, malgré un pic plus prononcé au printemps. Cela engendre des complications de maintien du pâturage prairie en période estivale.

Pour faire face à ce problème, l’institut Arvalis a orienté ses recherches sur les cultures fourragères d’été. Il s’agit de graminées qui possèdent quatre carbones dites «graminées en C4», «elles sont plus productives et résistent mieux aux périodes de sécheresses et de chaleurs extrêmes que les graminées qui en possèdent trois» explique Carole Gigot. Le moha et le millet perlé ont donc été utilisés pour ces essais.

Au niveau des sorghos, il y a deux grandes catégories. Le Sorghum bicolor, qui regroupe les sorghos grains et le sorgho monocoupe. Ils sont principalement valorisés en ensilage et présentent une capacité de repousse faible. Le second est le Sorghum drummondii, qui regroupe les sorghos multicoupes. Ceux-ci peuvent être valorisés en pâturage, en ensilage, ou en enrubannage, et possèdent une bonne capacité de repousse. Il existe également des hybrides entre ces deux espèces. Lors des essais, ce sont les sorghos multicoupes qui ont été utilisés.

D’autres espèces telles que le lablab, ou encore le cowpea, deux légumineuses tropicales apparentées au haricot, ainsi que le teff grass, une graminée originaire d’Éthiopie, adaptées à des climats assez chauds ont fait partie de l’étude.

Étude fauche

Entre 2021 et 2022, un réseau d’essais a été mis en place afin d’évaluer plusieurs espèces fourragères estivales, partout en France. Deux dispositifs complémentaires ont été conduits : des essais d’acquisition sur quatre sites avec suivi des valeurs alimentaires, et des essais de démonstration sur huit sites, majoritairement des lycées agricoles.

Les espèces étudiées étaient : les sorghos multicoupes, le moha, le millet perlé et le teff grass. L’objectif des essais de fauche était d’évaluer la capacité de ces espèces à produire du fourrage en période estivale, dans un contexte de changement climatique. Les récoltes étaient réalisées à des stades avancés.

Malgré deux années contrastées au niveau du climat, une année 2021 pluvieuse et une année 2022 marquée par une période de déficit hydrique, les rendements observés restent stables. Les écarts ne ressortent pas statistiquement, cela confirme une bonne adaptation au changement climatique.

Au niveau de la productivité, les sorghos multicoupes se distinguent, notamment les variétés hybrides. Le moha et le millet perlé, affichent également des niveaux de production intéressants. Le teff grass est légèrement en retrait. Avec seulement deux récoltes, alors que son cycle rapide aurait pu permettre trois à quatre exploitations, son potentiel a été sous-exploité dans les essais.

Les valeurs alimentaires montrent une évolution comparable à celle observée sur les graminées prairiales, «plus le stade avance, plus la qualité diminue. Au stade «épi à 10cm», les niveaux de Mat et d’unité fourragère sont élevés et compatibles pour des animaux à forts besoins», souligne-t-elle. En revanche, après l’épiaison, les valeurs alimentaires chutent rapidement.

Les essais de démonstration avaient également pour objectif d’évaluer l’intérêt d’associer des légumineuses estivales aux graminées afin d’améliorer la production de protéines. Différentes espèces ont été testées : trèfles annuels, vesce velue, lablab et cowpea. Les résultats montrent cependant peu d’intérêt productif des associations. La contribution des légumineuses au rendement reste généralement inférieure à 10 % ou 20 %.

La vesce velue apparaît comme l’espèce la plus prometteuse dans les associations. À l’inverse, le lablab et le cowpea montrent une sensibilité aux conditions climatiques, avec des résultats satisfaisants uniquement au sud de la Loire. Les chercheurs soulignent que certaines associations pourraient présenter un intérêt agronomique indirect, notamment sur la couverture du sol ou les effets précédents culturaux, même si ces aspects n’ont pas été mesurés.

Étude pâturage

Un second projet conduit en 2023 et 2024 s’est intéressé à la valorisation directe par les animaux. Ce programme multipartenaire associait le Ciirpo, l’Inrae, la ferme expérimentale des Bordes et Herbe et fourrages Centre-Val de Loire.

L’objectif était d’évaluer l’impact de la hauteur et du stade de végétation sur le pâturage et les performances de l’animal. Les espèces testées étaient les mêmes graminées que dans l’étude précédente. Le dispositif reposait sur un pâturage tournant avec plusieurs paddocks semés simultanément, permettant aux animaux, d’entrer progressivement dans une végétation de plus en plus développée. Chaque lot regroupait des génisses de dix-huit mois et pâturait dans une seule culture.

À nouveau, les années étaient contrastées, «en 2023, la durée de pâturage a été plus longue qu’en 2024. Les repousses ayant été limitées en 2024 par les pluies et les températures basses», explique Carole Gigot.

Pour les sorghos, si les rendements sont inférieurs à six ou sept tonnes de matières sèches, il est plus rentable de faire pâturer les animaux que de les récolter. Concernant la hauteur du couvert, à partir de 1,50m de végétation le gaspillage devient très important, «À l’inverse, en dessous de 60cm, c’est toxique pour les animaux, mais au bon stade il y a une très bonne valorisation au pâturage», souligne-t-elle. Au niveau des performances, celles-ci sont plus élevées qu’avec de l’herbe, elles atteignent des Gmq de 700 à 900g par jour contre 450 à 500g par jour avec un pâturage à l’herbe.

Concernant le tess grass, sa valorisation est très élevée et atteint environ 90 % soit seulement 10 % de gaspillage. Cependant, il demande une vigilance particulière lors de son implantation.

Le moha et le millet perlé ont entre 70 et 80 % de valorisation de la biomasse. Leurs performances sont équivalentes aux performances du pâturage à l’herbe. Concernant le moha, «le deuxième cycle de pâturage n’a pas été évident du fait de sa consommation à un stade avancé. Si on l’exploite tardivement, il aura du mal à repousser», ajoute-t-elle.

Itinéraires techniques

Les essais ont permis d’identifier plusieurs repères techniques pour réussir l’implantation et la conduite de ces cultures estivales.

Pour ces essais, les semis ont été réalisés en deuxième quinzaine de mai afin d’avoir des températures de sol suffisantes pour lever correctement, «environ 12°C pour les sorghos, le moha et me millet perlé, et plutôt 15°C pour le teff grass. De plus, il ne faut pas trop attendre afin de conserver l’humidité résiduelle du sol, indispensable à la levée», souligne Carole Gigot.

La gestion de la profondeur de semis est particulièrement stratégique pour le teff grass. Sa graine étant petite, elle doit être implantée quasiment en surface et juste enterrée avec un coup de rouleau afin de préserver la fraîcheur du sol. Selon les semenciers, il est mieux de faire une première fauche avant de faire pâturer les animaux. Cela évite les risques d’arrachement du pied.

Concernant le plan de fertilisation, les essais n’ont pas été menés pour ce paramètre. Cependant, «ce sont des espèces qui exportent beaucoup de potasse, il faut faire attention de ne pas avoir de carence pour les cultures suivantes», explique-t-elle.

Pour la protection des cultures, aucune intervention phytosanitaire n’a été réalisée dans les essais. Les techniciens ont misé sur le pouvoir couvrant des végétaux afin de limiter les adventices.

Enfin, ces cultures peuvent être introduites dans une rotation, derrière une dérobée d’hiver, ou bien pour casser le cycle prairie sur prairie. Leur capacité à produire en été, y compris en conditions sèches, en fait des leviers intéressants.