La création de nouvelles variétés végétales est l’une des conditions indispensables à la reconquête de notre souveraineté alimentaire. Encore faut-il qu’elle ne soit pas entravée.
« La semence est le premier maillon pour atteindre la souveraineté alimentaire » a déclaré Pierre Pagès, président de l’interprofession semences et plants (Semae), en ouverture du Grand Débat qui s’est déroulé au Salon international de l’agriculture, le 24 février. Aujourd’hui, le sujet devient de plus en plus urgent et crucial en raison des perturbations géopolitiques, les intimidations de Trump, les offensives de Poutine, du conflit en Iran et d’éventuelles sanctions commerciales qui pourraient survenir. Sans parler du changement climatique qui impose de mettre au point des variétés plus adaptées, moins gourmandes en eau et en intrants et résistantes aux nouveaux ravageurs et maladies. Pour la France, le sujet est d’autant plus préoccupant qu’elle est parvenue à peine à équilibrer ses échanges agroalimentaires en 2025. Alors qu’elle était largement excédentaire, il y a une dizaine d’années.
Opportunités à saisir
Heureusement la filière semences a encore dégagé un excédent de 1,2 milliard d’euros en 2025, la France restant le premier exportateur mondial de semences pour les grandes cultures. Cette performance, notre pays la doit à la forte mobilisation des entreprises semencières dans la recherche. Elles y consacrent 13 % de leur chiffre d’affaires, davantage que la pharmacie qui y dédie 8 %. « Mais des signaux faibles apparaissent », s’inquiète Pierre Pagès, notamment dans le maïs, notre point fort. L’un des enjeux aujourd’hui est d’utiliser toutes opportunités autorisées par les nouvelles techniques génomiques (NGT), et sans attendre. « On ne peut passer dix ans supplémentaires à réfléchir», insiste-t-il face aux hésitations des autorités françaises et communautaires, alors que nos principaux concurrents ont pris de l’avance en la matière. Il y a urgence notamment en fruits et légumes où la production nationale ne couvre que 50 % de la consommation. La mise au point de nouvelles variétés permettraient de reconquérir une partie de notre autonomie. Comme cela s’est produit avec la fraise, alors que nous avons perdu pied dans le radis, observe Daniel Sauvaître, le président de l’interprofession fruits et légumes (Interfel). Idem pour les plantes à protéines, la France ne couvrant que 50 % de ses besoins, l'Europe des Vingt-Sept seulement 35 %, faute de recherches variétales engagées après la Seconde Guerre mondiale. Ce qui aurait permis de gagner en compétitivité et d’assoir notre souveraineté, plaide Benjamin Lammert, le président de Terres Univia, l’interprofession des oléoprotéagineux.
Renouvellement des générations
Cette reconquête de la souveraineté passe aussi par la sécurisation de la production par l’attention qui doit être portée à la gestion de l’eau,- « on ne peut faire de semences sans irrigation », observe Pierre Pagès,- en évitant de tomber dans les impasses techniques liées à l’interdiction de produits phytosanitaires ou la surtransposition des règles communautaires. « On a trois fois moins de molécules que les autres agriculteurs de l’Union européenne », déplore Gilles Robillard, le président de Terres Inovia. Autant de critères indispensables à la rentabilité des cultures et à l’obtention d’un revenu suffisant pour permettre l’installation de nouveaux agriculteurs multiplicateurs qui, pour Pierre Pagès, est aussi l’un des enjeux importants de l’avenir. « On ne fera pas de semences sans agriculteurs », résume-t-il. Quels qu’ils soient, tous les intervenants ont plaidé sur le nécessaire accompagnement des pouvoirs publics pour soutenir la recherche par le Crédit d’impôt recherche, la mise en place de partenariats publics-privés, le renforcement du dialogue et des synergies entre la recherche fondamentale, la recherche appliquée et les entreprises. Mais « si on attend de la semence des solutions durables », observe François Desprez, vice-président de Semae « ce sont les marchés » qui détermineront la réussite des innovations variétales. Certes les NGT « offrent des perspectives intéressantes, mais ce n’est pas la baguette magique », précise-t-il en conclusion.
Aucune technologie ne doit être écartée
Selon l’Association française des biotechnologies végétales (AFBV), « aucun outil de progrès, aucune technologie ne peuvent être écartés par principe ou par nostalgie pour permettre à notre agriculture de regagner son rang sur le marché mondial ». Ainsi l’AFBV estime qu’il est impératif de libérer la recherche, bridée jusqu’à présent dans la filière semencière par l’absence de règlement NGT. A la suite des négociations au niveau de l’UE, les productions végétales vont enfin pouvoir bénéficier des atouts des nouvelles technologies végétales, comme l’édition de gènes, pour l’amélioration des plantes, espère l’AFBV. L’adoption d’un règlement définitif sur les NGT au premier semestre 2026 permettra à l’UE de répondre efficacement aux grands défis sociétaux et agricoles grâce à l’accélération des innovations variétales, issues de la recherche. Avant de conclure : « il n’y a plus de temps à perdre ».



