Mercredi 10 juin, les adhérents du Ceta Fruits de Moselle se sont réunis sur l’exploitation d’Estelle et Vincent Tillement pour tenir leur assemblée générale annuelle. L’occasion pour les producteurs mosellans d’échanger sur les difficultés rencontrées dans leurs vergers au cours de l’année écoulée, mais aussi de découvrir le site de la Cueillette de Peltre.
L’assemblée générale s’est déroulée en deux temps. La journée a débuté par une visite de l’exploitation, avant de laisser place à une partie plus académique en salle, consacrée aux retours d’expériences des adhérents ainsi qu’aux points statutaires de l’association.
Chaque année, cette rencontre change de lieu afin de permettre aux membres de découvrir d’autres exploitations, d’autres modes de production et de nouvelles pratiques. Dans un département où l’arboriculture reste relativement peu développée, cette association joue un rôle essentiel pour maintenir le lien entre les producteurs et favoriser les échanges techniques.
Une cueillette pensée pour répondre aux attentes des consommateurs
À l’occasion de cette visite, Vincent Tillement est revenu sur l’histoire de l’exploitation familiale et sur les choix qui ont façonné son évolution. En 1967, son père reprend la ferme, alors orientée vers la production laitière. «Il y a toujours eu de la vente directe à la ferme. À cette époque déjà, les habitants venaient chercher leur lait le soir pendant la traite», explique-t-il.
Face à la baisse du prix du lait, une première réorientation intervient en 1978 avec la transformation du troupeau laitier en troupeau allaitant grâce à l’introduction de vaches de race limousine. Une nouvelle étape est franchie à la fin des années 1980 lorsque Vincent Tillement entre au lycée agricole. Son père souhaite alors créer une activité lui permettant d’envisager un retour sur l’exploitation familiale. Au fil des échanges avec d’autres agriculteurs, l’idée du maraîchage fait son chemin. Il faut dire que la situation géographique de l’exploitation, à proximité de Metz, constitue un atout majeur pour ce type de production.
Père et fils visitent alors plusieurs exploitations de cueillette libre, dont certaines affiliées au réseau “Chapeau de Paille”. Le concept les séduit immédiatement. «Le fait de pouvoir être accompagnés par des personnes expérimentées était rassurant, car nous n’avions aucune expérience en maraîchage. Mon père ne faisait même pas le jardin, donc nous partions vraiment de zéro», sourit Vincent Tillement.
L’appui du réseau leur permet de choisir les cultures les mieux adaptées à leur terroir et à leur clientèle. La Cueillette de Peltre voit ainsi le jour tout en conservant les activités de polyculture-élevage de l’exploitation. Initialement cultivé exclusivement en plein champ, le site se dote en 2007 de ses premiers tunnels afin de diversifier davantage les productions et d’allonger la saison de commercialisation.
Au fil des années, père et fils apprennent leur nouveau métier de maraîchers, accompagnés par le réseau Chapeau de Paille. Les producteurs adhérents se retrouvent chaque mois afin d’échanger sur leurs pratiques et d’améliorer continuellement leurs systèmes de production.
Aujourd’hui, la Cueillette de Peltre est devenue une référence régionale. L’exploitation emploie 14 équivalents temps plein et accueille le public sept jours sur sept. «C’était l’une des conditions du réseau Chapeau de Paille. Le week-end, nous touchons une autre clientèle et cela nous permet de limiter les pertes. En revanche, cela nécessite une organisation particulière et apporte son lot de contraintes», souligne Vincent Tillement.
L’exploitation a également développé des activités pédagogiques en accueillant des classes scolaires et en proposant des animations saisonnières, notamment à l’occasion d’Halloween. L’offre s’est progressivement diversifiée avec l’introduction de fleurs en libre-cueillette, permettant ainsi de lancer la saison dès le printemps et d’attirer une clientèle toujours plus large.
Des projets pour l’année à venir
Au cours de l’assemblée générale du Ceta de Moselle, plusieurs sujets d’actualité ont alimenté les échanges entre les adhérents. En ouverture, le président Florent Dory a rappelé l’invitation adressée aux membres pour participer à l’assemblée générale de la Fredon Grand Est. Parmi les thématiques abordées figure notamment l’acclimatation, un sujet particulièrement technique qui vise à réduire le recours aux traitements phytosanitaires grâce à des solutions alternatives, comme l’introduction de nouvelles espèces auxiliaires capables de réguler naturellement certains ravageurs.
Les membres ont également validé l’organisation d’un déplacement collectif au Sival, le salon international des techniques de productions végétales. Cette visite, prévue sur deux jours, permettra aux arboriculteurs de découvrir les dernières innovations en matière d’équipements, de conduite des vergers et de protection des cultures, tout en favorisant les échanges entre professionnels.
Autre sujet ayant retenu l’attention : la mise en place du registre phytosanitaire dématérialisé. Les adhérents ont pu échanger sur les évolutions réglementaires et les implications pratiques de cette transition numérique pour la gestion quotidienne de leurs exploitations.
Enfin, les problématiques sanitaires rencontrées sur le terrain ont également été évoquées. Une adhérente a notamment signalé une forte présence de campagnols dans l’un de ses vergers. Cette situation a donné lieu à un riche partage d’expériences entre producteurs, chacun présentant les méthodes de lutte mises en œuvre au sein de son exploitation. Ces échanges de terrain ont permis de confronter les pratiques et d’identifier différentes pistes pour limiter l’impact de ce ravageur sur les vergers.
Étude de taille
Hervé Auburtin, trésorier de l’association, est revenu sur les résultats d’un essai conduit par l’Arefe visant à identifier les modes de taille les plus adaptés aux vergers de mirabelliers à haute densité. Menée sur une parcelle expérimentale implantée en 2019, cette étude compare plusieurs systèmes de conduite en axe, palmette, Kgb, expression libre, nouveau gobelet et gobelet afin d’évaluer leur influence sur la floraison, la production, la qualité des fruits et les coûts de main-d’œuvre.
En présentant les résultats, Hervé Auburtin a souligné l’intérêt croissant des systèmes simplifiés de taille dans un contexte où la disponibilité de la main-d’œuvre constitue un enjeu majeur pour les producteurs. Les modalités «expression libre» et «Kgb» se distinguent ainsi par des temps de taille très réduits, tout en affichant les rendements les plus élevés de l’essai. «L’objectif est de trouver le meilleur compromis entre productivité, qualité des fruits et temps de travail», a-t-il rappelé devant les adhérents. Toutefois, cette forte production peut s’accompagner d’une diminution du calibre des fruits, notamment dans les parcelles conduites en expression libre, ce qui peut limiter leur valorisation sur le marché du fruit frais.
À l’inverse, les conduites en axe et en palmette offrent une meilleure maîtrise de la qualité des fruits et facilitent leur accessibilité lors de la récolte, mais nécessitent davantage d’interventions de taille. Les résultats économiques présentés montrent néanmoins que les systèmes simplifiés pourraient constituer une voie intéressante pour améliorer la rentabilité des vergers.
Hervé Auburtin a toutefois rappelé la nécessité de poursuivre les observations sur plusieurs campagnes afin de mesurer les effets à long terme sur la régularité des récoltes, la qualité des fruits et la pérennité des arbres. Ces premiers résultats ouvrent ainsi des perspectives intéressantes pour l’évolution des pratiques dans les vergers de mirabelliers à haute densité.



