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AG FDSEA : «C’est maintenant qu’il faut que les choses changent»

Éric Thirouin, président de l’Agpb. Photo Lucille Hergat
Éric Thirouin, président de l’Agpb. Photo Lucille Hergat

Si les médias sont plus accoutumés à relayer les difficultés conjoncturelles de l’économie agricole, pour le secteur des grandes cultures, le patron de l’Association des producteurs de blé (Agpb) fait la démonstration d’une véritable crise structurelle. «C’est maintenant qu’il faut que les choses changent», plaide Éric Thirouin.

C’est un véritable cri d’alarme que le président des producteurs de blé a lancé lors de l’assemblée générale de la Fdsea, vendredi 20 mars à Metz. «C’est maintenant qu’il faut que les choses changent», a martelé Éric Thirouin avant de faire la démonstration du «moment de rupture» atteint par un secteur d’activité qui se prépare «probablement à une quatrième année dans le rouge».

Président de l’Agpb, Éric Thiouin était invité par Fabrice Couturier pour un point de conjoncture sur les filières grandes cultures, mais aussi «pour accompagner la réflexion des chefs d’exploitation sur les perspectives d’évolution de l’économie de ce secteur».

Pour poser le décor, Éric Thirouin propose d’observer le revenu net des producteurs de céréales et oléoprotéagineux. «2023 et 2024 montrent deux années successives avec un résultat net négatif, et 2025 qui vient de s’écouler et à nouveau en négatif. Quant à la récolte 2026 qui s’annonce, avec des prix des engrais, du Gnr et des cours des céréales qui n’explosent malheureusement pas, on va très certainement vers une quatrième année dans le rouge».

Avec le recul du temps, le président de l’Agpb a tenté ensuite de montrer comment cette situation s’est imposée.

Rapide coupe de rétroviseur sur «les trente glorieuses, les cours des céréales en croissance continue» et «des rendements qui progressaient régulièrement». Une période bénie où «les agriculteurs investissent, se développent dans une France compétitive». Cette séquence prend fin dans les années 90. Les trente années qui vont suivre, jusqu’au début des années 2020, vont être le théâtre d’alternance entre baisses et hausses des cours et des rendements. En conséquence, les revenus montent et plongent. «La moyenne des revenus pour la période 2005-2015 a été de 28.200 € par unité de travail, soit environ deux Smic», rapporte Éric Thiouin. Puis, pour la période 2015-2025, 16.000 €, soit un Smic. On l’a dit, les quatre suivantes seront dans le rouge.

Une fois le consta posé, pas d’autre discours possible pour le patron de l’Agpb, «il n’y a pas le choix, il faut que ça change». S’adressant au préfet, Pascal Bolot, présent dans la salle, Éric Thirouin affirme, «la situation est alarmante, mais elle n’est pas conjoncturelle, elle est structurelle».

De nombreux combats

Le travail syndical s’est déployé dans différentes directions pour palier à la situation.

Mesures de soutien économique immédiates aux exploitants, sur le mécanisme Macf des engrais, l’exigence de l’exclusion agricole et de la compensation des effets, le soutien aux Zones Intermédiaires à faible potentiel, ou encore les multiples combats visant à desserrer l’étau sur les moyens de productions. Sur ce dernier point, preuves à l’appui, Éric Thirouin insistait : «la perte de productivité est un problème français. La France baisse quand, dans le même temps, tous les autres pays européens gagnent». Et de pointer du doigt «le principe de précaution que la constitution porte avec pour conséquence la décroissance».

L’Agpb souhaite également travailler sur les outils de gestion des risques et la révision des filets de sécurité des prix des céréales. Elle s’est aussi investie dans la négociation de la future Pac.

La guerre en Iran

Comme si la situation n’était pas assez compliquée, l’évolution de contexte international s’est invitée dans le débat. Tous les regards se portent sur la poussée de fièvre des cours du baril de pétrole. Et pour les exploitations agricoles, ce sont les cours du Gnr qui sont scrutés à la loupe. Alors que la perspective d’une fin de conflit rapide s’éloigne tous les jours un peu plus, Éric Thirouin estime, aujourd’hui, à déjà 4.000 € la charge supplémentaire par an.

Malgré tout, le président de l’Agpb s’est refusé «à ne broyer que du noir». Il est revenu sur plusieurs acquis du travail syndical avec par le menu, «l’indexation du budget de la Pac sur l’inflation, plusieurs points positifs de la loi de finance et particulièrement la prise en compte des aléas économiques au même titre que les aléas climatiques dans la Dep, la suppression du Conseil Stratégique Phytosanitaire et de la séparation vente conseil».

Et demain ? «Comment construire les trente années qui viennent ?». Nous n’avons plus de système d’intervention et de restitutions, nous sommes passés dans un marché mondialisé où le gendarme qu’était l’Omc n’existe plus, la monnaie unique dans les échanges qu’était le dollar est de plus en plus concurrencée à l’image des flux financiers entre la Russie et les autres pays des Brics.

Dans ce monde «partitionné et sans gendarme, il va falloir reconstruire des outils de gestion des risques et réviser les filets de sécurité sur les prix et sur nos approvisionnements».

Éric Thirouin évoque aussi la piste des énergies renouvelables, «l’éthanol sera-t-il une manière de retrouver une force et une indépendance énergétique ?».

Quoi qu’il advienne, le patron de l’Agpb affirme que «tous les sujets sont sur la table et les trente années qui viennent doivent être différentes des trente dernières en termes de fonctionnement sur la Pac, les filets de sécurité comme sur les garanties d’approvisionnement pour pouvoir produire».